Mesurer l’évolution des salaires dans la fonction publique

Salaire moyen, salaire à structure constante, ou RMPP ?

salaires
fonction publique
pouvoir d’achat
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OFCE

Date de publication

30 septembre 2026

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« La rémunération moyenne des fonctionnaires en place a augmenté de 17 % », « le pouvoir d’achat des fonctionnaires a baissé de 8 % » : les deux phrases peuvent être vraies en même temps, parce qu’elles ne parlent pas de la même chose. La première décrit la paie d’un fonctionnaire qui reste en poste : elle intègre l’avancement automatique à l’ancienneté dans sa grille et ses éventuelles promotions au sein de son corps. Au cours de sa vie, un officier de carrière de l’armée de terre peut ainsi espérer augmenter sa rémunération réelle en passant de sous-lieutenant à lieutenant, capitaine, commandant, lieutenant-colonel, colonel puis général. C’est la RMPP, la rémunération moyenne des personnes en place. La seconde décrit ce que vaut un poste donné au fil du temps : le salaire d’un fonctionnaire de même corps, de même grade et de même échelon, à ancienneté et responsabilité égale. C’est le salaire à structure constante, le seul indicateur qui mesure le prix d’un poste, et donc le déclassement éventuel des fonctionnaires à grade et ancienneté donnés.

Dans une note récente très relayée par les médias1, la Cour des comptes a mis en avant le premier de ces indicateurs, la RMPP, en indiquant que la rémunération des fonctionnaires avait augmenté de 16 % en euros constants entre 2012 et 2024. Elle en défend la pertinence face à l’évolution de la rémunération moyenne : « À la différence de la RMPP qui est un indicateur relativement stable, la rémunération moyenne des agents est sensible à la composition annuelle des effectifs de la fonction publique et à leur rotation ou effet de noria (les agents partant à la retraite sont remplacés par des agents qui débutent leur carrière et sont moins bien rémunérés). Elle décrit ainsi l’évolution du pouvoir d’achat collectif des membres de la fonction publique, mais non l’évolution de leur pouvoir d’achat individuel, sous l’effet de divers facteurs tels que la valeur du point d’indice, les revalorisations catégorielles ou l’avancement dans la carrière. La RMPP est ainsi plus pertinente que la rémunération moyenne pour apprécier l’évolution à moyen et long terme du pouvoir d’achat des agents publics. » (Cour des Comptes 2026)

Sans esprit de polémique, cette note conteste cette affirmation : la RMPP n’est pas l’indicateur le plus pertinent pour apprécier l’évolution du pouvoir d’achat des agents publics. C’est l’évolution du salaire à structure constante, ou à défaut celle du salaire moyen, qui devrait être privilégiée. Il existe en effet plusieurs manières de mesurer l’évolution des rémunérations dans la fonction publique : la valeur du point d’indice, la grille indiciaire, le salaire net moyen, le salaire à structure constante et la RMPP. Appliqués aux quinze dernières années de l’État, ils racontent des histoires très différentes. À poste donné, le salaire net réel a perdu environ 5 % de pouvoir d’achat entre 2008 et 2023 avec l’IPC, davantage avec l’IPCH, alors que la rémunération des personnes en place, qui cumule avancement automatique et promotions, a progressé.

Or le salaire à structure constante, tant qu’il a été publié, était presque toujours le moins favorable des trois indicateurs. Il a disparu par étapes des Insee Première annuels sur la rémunération des agents de la fonction publique : du résumé en 2006, des tableaux en 2013, puis de toute la publication en 2023, tandis que la RMPP y prenait toute la place. L’article en documente le calendrier, de la polémique de 2007 sur les chiffres de 2005 au cas des enseignants. Il compare ensuite avec le secteur privé, en s’appuyant sur la note de Concialdi (2023) : la structure constante y figurait au chapeau des Insee Première des années 1990, puis a reculé et disparu par à-coups, alors que l’évolution des personnes en place, estimée dès 1990, n’est venue au chapeau et dans les tableaux que récemment.

Que faudrait-il publier ? On plaide en conclusion pour que l’Insee rétablisse chaque année la publication de l’évolution du salaire à structure constante, seul indicateur qui dise ce que vaut un poste de fonctionnaire. Idéalement, il publierait aussi les séries longues depuis 1988, la ventilation par catégorie et pour les enseignants, la décomposition complète entre structure constante, effet de carrière et effet de renouvellement, ainsi qu’une documentation des ruptures de série. La statistique publique doit permettre un débat démocratique transparent, et elle ferait ainsi la preuve de son indépendance.

1 Six indicateurs, six questions

1.1 Les briques du salaire d’un fonctionnaire

Le salaire brut d’un fonctionnaire se compose de deux parties.

  • Le traitement indiciaire brut : un indice majoré, fixé par une grille selon le corps, le grade et l’échelon de l’agent, multiplié par la valeur du point d’indice, commune à toute la fonction publique (4,92278 € bruts par mois depuis le 1er juillet 2023). Le traitement représente environ les trois quarts du salaire brut.
  • Les primes et rémunérations annexes (indemnité de résidence, supplément familial, primes statutaires, heures supplémentaires, primes exceptionnelles…) : environ un quart du salaire brut, beaucoup plus pour certains corps de catégorie A de l’État, beaucoup moins pour les enseignants.

Le salaire net s’obtient en retirant les cotisations salariales (retraite, RAFP) ainsi que la CSG et la CRDS.

L’évolution du salaire d’un agent peut donc venir de quatre sources :

  1. la valeur du point augmente (mesure générale, pour tous) ;
  2. la grille est modifiée : points d’indice ajoutés à certains échelons, refonte d’une grille (mesures générales ou catégorielles) ;
  3. l’agent avance dans la grille : il change d’échelon avec l’ancienneté, ou de grade ou de corps par promotion (c’est le « glissement vieillesse-technicité » positif, GVT positif) ;
  4. ses primes évoluent.

Chaque indicateur retient une partie de ces sources, et c’est ce qui fait leurs différences.

1.2 La valeur du point d’indice

C’est l’indicateur le plus visible dans le débat public, parce qu’il résulte directement d’une décision du gouvernement. Il a été gelé de juillet 2010 à juin 2016, revalorisé de 0,6 % en juillet 2016 puis en février 2017, de nouveau gelé jusqu’en juin 2022, puis augmenté de 3,5 % au 1er juillet 2022 et de 1,5 % au 1er juillet 2023.

Figure 1. Valeur annuelle du point d’indice de la fonction publique depuis 1986 (échelle logarithmique). Données IPP ; graphique fgeerolf.com/data/ipp/indicefp.html.

Déflaté par les prix, et corrigé de la hausse des cotisations salariales (le passage du brut au net s’est dégradé avec la réforme des retraites de 2010), le pouvoir d’achat du point net a perdu environ 30 % depuis 2000 avec l’IPC, et plus d’un tiers avec l’IPCH.

Figure 2. Pouvoir d’achat du point d’indice net depuis 2000, déflaté par l’IPC et par l’IPCH. Graphique fgeerolf.com/data/ipp/indicefp.html.

Mais aucun fonctionnaire ne voit son salaire évoluer exactement comme le point : les primes n’y sont pas indexées, la grille bouge aussi, et les agents avancent dans la grille. C’est tout l’objet des indicateurs qui suivent.

1.3 L’indice de traitement brut - grille indiciaire (ITB-GI)

La DGAFP calcule chaque trimestre l’ITB-GI, l’indice de traitement brut - grille indiciaire, qui mesure l’évolution du traitement indiciaire brut à échelon donné pour les fonctionnaires civils de l’État. Comme son nom l’indique, il ne se limite pas à la valeur du point : il suit aussi l’évolution de la grille indiciaire elle-même, c’est-à-dire les mesures générales ou catégorielles qui modifient les indices attachés à chaque échelon (relèvement du minimum de traitement, points d’indice ajoutés à tous les échelons comme au 1er janvier 2024, refontes de grilles comme le protocole PPCR, reclassements). À échelon donné, un fonctionnaire voit donc son traitement évoluer comme l’ITB-GI, et non comme le seul point. Sa version nette de cotisations est l’ITN-GI (DGAFP 2025). En moyenne annuelle, l’ITN-GI a augmenté de 0,2 % en 2021, de 2,1 % en 2022 et de 2,7 % en 2023, pour une inflation de 1,6 %, 5,2 % et 4,9 %.

L’ITB-GI répond à la question : combien vaut un échelon de grille, hors primes ? C’est un indicateur de politique salariale, pas de salaire perçu :

  • il exclut les primes ;
  • il exclut l’avancement des agents dans la grille ;
  • il ne couvre que les fonctionnaires de l’État, et pas les contractuels ni les autres versants.

Il ne faut pas le confondre avec la garantie individuelle du pouvoir d’achat (GIPA), une prime versée aux agents dont le traitement indiciaire brut a progressé moins vite que les prix sur quatre ans. Elle compense la baisse de l’ITB-GI pour les agents bloqués en fin de grille. Comme c’est une prime, elle n’entre pas dans l’ITB-GI.

1.4 Le salaire net moyen

L’Insee publie chaque année, pour chaque versant, le salaire net moyen en équivalent temps plein (EQTP) de l’ensemble des agents : fonctionnaires, contractuels, bénéficiaires de contrats aidés. En 2024, il s’élève à 3 018 € dans la FPE (Galiana et Gateaud 2026), 2 317 € dans la territoriale et 2 896 € dans l’hospitalière.

C’est un indicateur de coût moyen d’un agent, pas de rémunération d’un agent donné. Il dépend des salaires, mais aussi de qui est employé : si l’État embauche des jeunes en bas de grille pour remplacer des retraités en haut de grille, le salaire moyen baisse, même si aucun salaire individuel ne diminue. Ce sont les effets de composition, ou effets de structure.

Attention aux niveaux : chaque Insee Première recalcule l’année précédente (champ, source, concepts). Pour construire une série longue, il faut enchaîner les évolutions annuelles publiées, pas comparer les niveaux.

1.5 Le salaire à structure constante : le prix d’un poste

Pour neutraliser les effets de structure, l’Insee a longtemps publié (voir par exemple Insee 2005) un salaire net moyen à structure constante : on fige la répartition des effectifs par corps, grade et échelon au niveau de l’année précédente, et on calcule l’évolution moyenne des salaires de chaque « poste de travail ».

C’est l’indicateur qui répond à la question : combien vaut un poste donné, primes comprises ? Concialdi (2023) le compare, pour le privé, au prix d’un bien à qualité constante : c’est le prix du travail à caractéristiques identiques. Il est proche de l’ITB-GI, qui raisonne lui aussi à échelon donné et intègre donc comme lui l’évolution des grilles, mais il inclut les primes et couvre tous les agents civils de l’État.

La différence entre l’évolution du salaire moyen et celle du salaire à structure constante est l’effet de structure, aussi appelé « GVT solde ».

Figure 3. Deux grilles de salaire en euros constants : l’année N (gris) et l’année N+1 (violet), plus basse. À poste donné, le salaire baisse (flèche violette) ; l’agent en place monte en même temps d’un échelon (pointillés verts) ; son trajet réel (flèche orange) est la RMPP.

1.6 La RMPP : le salaire des personnes en place

La rémunération moyenne des personnes en place (RMPP) mesure l’évolution du salaire net des agents présents toute l’année les deux années consécutives, chez le même employeur et avec la même quotité de travail (environ deux agents sur trois). Elle répond à la question : comment a évolué la paie de ceux qui sont restés ?

La RMPP additionne l’évolution du prix des postes et l’avancement de chaque agent :

\[\text{RMPP} \;\approx\; \text{structure constante} \;+\; \text{GVT positif (effet de carrière)}\]

Tant que la grille est croissante avec l’ancienneté, le GVT positif est positif, autour de +2 points par an dans l’État. La RMPP est donc presque toujours positive, même lorsque le prix des postes baisse en termes réels.

Deux limites font qu’on ne peut pas y lire « l’évolution du pouvoir d’achat des fonctionnaires » :

  • elle cumule l’avancement : un agent qui aurait été en place de 2008 à 2023 aurait vu son salaire réel augmenter de 22 %, ce qui n’a rien à voir avec l’évolution des salaires d’un corps donné ;
  • elle est une moyenne : chaque année, la plupart des agents ne changent pas d’échelon (un échelon dure 2 à 4 ans), et ceux qui sont en fin de grille n’en changent plus. Leur salaire suit alors la grille, et baisse en termes réels quand l’inflation dépasse les revalorisations. En 2023, 53 % des agents en place de la territoriale ont vu leur rémunération progresser moins vite que les prix, alors que la RMPP moyenne n’y baissait que de 0,2 % (DGAFP 2025).
Figure 4. Même mécanisme, avec un plateau en fin de grille. L’agent en début de carrière gagne en pouvoir d’achat grâce à l’avancement ; l’agent au dernier échelon subit toute la baisse de la grille.

Un exemple chiffré : la grille des professeurs des écoles

Le schéma suivant utilise la grille réelle des professeurs des écoles et certifiés (classe normale, puis hors classe ; salaires nets primes comprises ; Ministère de l’Éducation nationale (2024) ; SNUipp-FSU Paris (2024)). Il lui applique l’évolution observée du pouvoir d’achat du point d’indice net entre janvier 2017 et septembre 2026, soit −19 % avec l’IPCH (−16,5 % avec l’IPC ; fgeerolf.com/data/ipp/indicefp.html), et y ajoute les 5 points d’indice attribués au 1er janvier 2024 à tous les échelons (environ 15 € nets par mois en euros de 2017). C’est une simplification : elle suppose que les primes ont évolué comme le point, et ne tient donc pas compte des revalorisations indemnitaires propres aux enseignants décidées depuis 2021.

Figure 5. Grille des professeurs des écoles, avec la baisse de 19 % du pouvoir d’achat du point d’indice net entre 2017 et 2026 (IPCH). Agent A, trois échelons gagnés : RMPP de −10,1 %. Agent B, au dernier échelon : −18,6 %, soit −630 € par mois.

Avec une baisse de cette ampleur, l’avancement ne suffit plus : l’agent A gagne trois échelons en neuf ans et demi, et perd pourtant 10 % de pouvoir d’achat. Dans cette grille, seuls les agents qui accèdent à la hors classe pendant la période, ou viennent d’y entrer, conservent à peu près leur pouvoir d’achat (entre −3 % et +4 % selon l’ancienneté de départ). Les 5 points compensent moins de 3 % de la perte de l’agent B.

2 L’effet de structure : carrière et renouvellement des agents

2.1 Recoller les morceaux

L’effet de structure a deux composantes de signe opposé :

  • le GVT positif, ou effet de carrière : les agents présents avancent dans la grille, ce qui fait monter le salaire moyen ;
  • le GVT négatif, ou effet d’entrées-sorties (ou « effet de noria ») : les agents qui partent, souvent en fin de carrière, sont remplacés par des agents qui entrent en bas de grille, ce qui fait baisser le salaire moyen.

Toutes les pièces s’emboîtent alors :

\[\begin{aligned}\Delta\,\text{salaire moyen} \;\approx\;& \underbrace{\Delta\,\text{structure constante}}_{\text{prix des postes}} \\ &+\; \underbrace{\text{GVT positif} + \text{GVT négatif}}_{\text{effet de structure}}\end{aligned}\]

\[\text{RMPP} \;\approx\; \Delta\,\text{structure constante} + \text{GVT positif}\]

et donc :

\[\Delta\,\text{salaire moyen} \;\approx\; \text{RMPP} + \text{GVT négatif}\]

FPE, évolutions annuelles en euros constants (%, points). Sources : Insee Première n° 627, 1041 et 1381.
Année Structure constante GVT positif (carrière) GVT négatif (entrées-sorties) Effet de structure Salaire moyen RMPP
1994 -1,1 2,3 -1,1 1,2 0,1 1,5
2003 -0,9 2,2 -1,9 0,3 -0,5 1,5
2009 1,3 2,0 -1,3 0,7 2,0 3,5

En 2003, par exemple, le prix des postes baisse de 0,9 % en termes réels ; l’avancement apporte +2,2 points, le renouvellement des agents en retire 1,9. Le salaire moyen baisse ainsi de 0,5 %, pendant que les agents en place gagnent 1,5 %. L’écart entre ces deux derniers chiffres, deux points, est à peu près l’effet d’entrées-sorties.

2.2 Trente ans d’effet de structure dans l’État

Figure 6. Effet de structure dans la FPE, 1988-2020, et sa décomposition lorsqu’elle est publiée (1991-2009).

Le graphique montre trois choses :

  • l’effet de carrière est remarquablement stable, entre +1,8 et +2,4 points par an de 1991 à 2009 : c’est la pente moyenne des grilles ;
  • l’effet d’entrées-sorties se creuse de −1,1 point au milieu des années 1990 à −1,9 point en 2001-2003, avec la montée des départs à la retraite. L’effet de structure net passe ainsi de +1,2 point à +0,2/+0,3 ;
  • le pic de 2006-2008 (jusqu’à +1,9 point) est un effet de champ : le transfert aux collectivités de plus de 50 000 agents peu qualifiés (TOS, agents de l’équipement) fait mécaniquement monter le salaire moyen de l’État.

2.3 La décomposition publiée aujourd’hui : présents, fluctuants, entrants et sortants

Depuis le millésime 2014, l’Insee et la DGAFP publient une autre décomposition, par population plutôt que par poste. L’évolution du salaire moyen y est la somme de quatre contributions :

  • celle des personnes en place (la RMPP pondérée par leur poids) ;
  • celle des « fluctuants », les agents qui ont changé d’employeur ou de quotité, ou qui n’ont travaillé qu’une partie de l’année ;
  • l’écart entre entrants et sortants (l’effet de noria) ;
  • les variations d’effectifs entre ces groupes.
Figure 7. FPE : contributions à l’évolution du salaire net moyen, en points, euros constants.
Figure 8. Effet de noria par versant.

L’effet de noria pèse en général entre −0,4 et −1 point par an. Il se creuse en 2022 (−1,4 point dans l’État, −1,7 dans l’hospitalière), année d’inflation forte où le salaire moyen de l’État recule de 2,2 % en termes réels. Cette décomposition ne dit pas, en revanche, combien vaut un poste donné.

3 Quinze ans de salaires dans l’État

3.1 Déflaté par l’IPC

L’indice ci-dessous enchaîne les évolutions publiées par l’Insee jusqu’au millésime 2020, dernier pour lequel le salaire à structure constante est publié. De 2021 à 2023, il est prolongé à partir des rapports annuels de la DGAFP : la RMPP brute des fonctionnaires civils, moins le GVT positif, soit les mesures générales et catégorielles plus les primes des présents. La zone ombrée correspond à la grille seule (ITN-GI, hors primes).

Figure 9. FPE, salaire net déflaté par l’IPC, 2008 = 100.
  • À poste donné, le salaire net réel de l’État est à 95,4 en 2023 (base 100 en 2008) : environ 5 % de pouvoir d’achat en moins. Un peu moins de deux points ont été perdus avant 2020, surtout pendant le gel du point, et le reste pendant la période d’inflation 2021-2023.
  • Le salaire moyen est revenu à peu près à son niveau de 2008 (99,8). L’écart avec la structure constante mesure l’élévation de la qualification des emplois de l’État.
  • La RMPP cumulée (122,0) décrit un agent resté en place quinze ans et ayant bénéficié de tous ses avancements : ce n’est pas le salaire d’un agent type.

3.2 IPC ou IPCH ?

Les séries de l’Insee sont déflatées par l’indice des prix à la consommation (IPC). L’indice des prix harmonisé (IPCH), utilisé dans les comparaisons européennes et par la BCE, a augmenté plus vite, en particulier en 2022-2023 (+5,9 % et +5,7 %, contre +5,2 % et +4,9 % pour l’IPC), les deux indices différant par leurs pondérations et leur traitement de certains postes (Geerolf 2024a). C’est aussi le choix de Concialdi (2023) pour les salaires du privé, qui déflate par l’IPCH depuis 1996 : l’IPCH retient les prix nets effectivement acquittés par les ménages, après remboursement, alors que l’IPC mesure le prix brut, et l’écart entre les deux s’est creusé depuis vingt ans.

Figure 10. FPE, salaire net déflaté par l’IPCH, 2008 = 100.
Indices FPE en 2023, euros constants.
Base 100 Déflateur Structure constante Salaire moyen RMPP cumulée
2008 IPC 95,4 99,8 122,0
2012 IPC 95,5 98,0 114,9
2008 IPCH 92,0 96,3 117,7
2012 IPCH 92,7 95,1 111,5

Avec l’IPCH, la perte à poste donné atteint environ 8 % depuis 2008, et le salaire moyen lui-même passe sous son niveau de 2008.

4 Un indicateur qui a disparu

4.1 2007 : quand un ministre juge une étude de l’Insee « totalement erronée »

Cette distinction entre indicateurs n’est pas qu’une affaire de techniciens. Le 24 juillet 2007, l’Insee publie Les salaires des agents de l’État en 2005 (Insee Première n° 1151, Gombault et Quarré 2007). Le salaire net moyen y atteint 2 127 € par mois et baisse de 0,9 % en euros constants ; à structure constante, la baisse est de 1,6 %. Le même tableau indique que le salaire net des personnes en place augmente de 0,4 % en euros constants.

Le 3 août 2007, interrogé par Aymeric Caron sur i-Télé, le secrétaire d’État chargé de la Fonction publique, André Santini, juge l’étude « totalement erronée » et affirme que le pouvoir d’achat des fonctionnaires « a augmenté de 1,6 » (Portail de la Fonction publique 2007; Les Échos 2007). « Nous contestons les bases de l’étude », ajoute-t-il, en annonçant vouloir « dialoguer avec l’Insee ». Deux mois plus tard, sur France 2, il reproche encore aux syndicats de se cramponner « sur le point d’indice ».

L’étude n’était pas erronée : elle mesurait autre chose que ce que le ministère mettait en avant. Le ministère de la fonction publique raisonnait en RMPP, qui neutralise l’effet des départs à la retraite et des recrutements. Le rapporteur spécial de la commission des finances de l’Assemblée nationale pour le budget 2008, Georges Tron, le relève quelques semaines plus tard (Tron 2007) : la polémique « résulte sans doute d’une mauvaise présentation des résultats », et la RMPP nette calculée par l’Insee (+2,3 % en euros courants, +0,4 % en euros constants) « correspond exactement aux chiffres émanant du ministère ». Quant au chiffre de 1,6 % avancé par le ministre, il coïncide avec la hausse du salaire brut moyen en euros courants publiée dans le même Insee Première, qui n’est pas une mesure de pouvoir d’achat.

Le même rapport résume le fond du problème : les négociations salariales n’avaient pas abouti depuis neuf ans, « principalement en raison d’absence d’instrument de mesure partagé ». Les syndicats regardaient le point d’indice, le ministère la RMPP, l’Insee le salaire moyen. L’épisode s’inscrit dans une année où, selon la mission d’information de l’Assemblée nationale sur la mesure des grandes données économiques et sociales (Mariton 2008), la contestation des statistiques officielles a pris « une ampleur sans précédent ». C’est aussi dans la foulée de ce débat qu’a été créée, en 2008, la garantie individuelle du pouvoir d’achat (GIPA), qui compare l’évolution du traitement indiciaire de chaque agent à l’inflation sur quatre ans.

Le ministre de tutelle d’André Santini, Éric Woerth, ministre du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique, défend la même lecture. Le 19 novembre 2007, à la veille d’une journée de grève, il affirme sur France 3 qu’il faut regarder « l’ensemble d’une feuille de paye », qui comprend le point d’indice « mais aussi l’ancienneté et des mesures catégorielles », et que les fonctionnaires ont ainsi bénéficié d’une augmentation « d’à peu près 3,5 % par an » depuis six ans (La Gazette des communes 2007). C’est la logique de la RMPP : un chiffre en euros courants, qui inclut l’inflation et l’avancement de chaque agent, et non l’évolution du prix d’un poste. De 2007 à 2009, le directeur du cabinet d’Éric Woerth au ministère du Budget est Jean-Luc Tavernier, nommé directeur général de l’Insee en février 2012, un peu plus d’un an avant la parution de l’Insee Première qui supprime le tableau de décomposition du salaire à structure constante (voir ci-dessous).

L’indicateur qui permettait de trancher le débat sur le prix des postes, le salaire à structure constante, figurait bien dans l’Insee Première contesté, et il montrait bien une baisse significative de la rémunération des fonctionnaires (−1,6 % en 2005). C’est cet indicateur, systématiquement plus défavorable, qui a ensuite disparu des publications.

4.2 Une disparition en deux temps

Le salaire à structure constante est pourtant le seul indicateur qui réponde directement à la question « combien vaut un poste de fonctionnaire ? ». Il a été publié par l’Insee pendant trente ans, puis a disparu en deux temps :

  • de 1995 à 2011, chaque Insee Première sur les salaires de l’État contient un tableau complet de décomposition : structure constante, effet de structure, RMPP, effet de carrière ;
  • en avril 2013 (IP n° 1443, millésime 2010), le tableau disparaît : il ne reste qu’une ligne dans un autre tableau, et l’effet de carrière n’est plus publié. Cette publication (Kerjosse et Michel 2013) est aussi la première fondée sur la nouvelle source Siasp, et celle qui paraît avec le plus de retard (28 mois après l’année couverte) ;
  • de 2013 à 2022, le chiffre ne figure plus que dans le texte, et parfois dans les tableurs en ligne, avec une nomenclature simplifiée en 2017 ;
  • depuis juin 2023 (IP n° 1955, millésime 2021 ; Ntamakuliro-Inema et Volat (2023)), il n’est plus mentionné du tout, pas même sa définition. Le rapport annuel de la DGAFP ne le publie pas non plus.

Le graphique suivant reprend les trois évolutions annuelles publiées par l’Insee depuis 1988. Tant qu’elle est publiée, l’évolution du salaire à structure constante est la moins favorable des trois : elle est inférieure à celle du salaire moyen 32 années sur 33 (et égale l’année restante), de 0,7 point par an en moyenne, et toujours inférieure à celle de la RMPP, de 2,0 points par an en moyenne. Elle est négative 17 années sur 33, contre 10 pour le salaire moyen et aucune pour la RMPP. À partir du millésime 2021, la courbe s’arrête : il ne reste que les deux indicateurs les plus favorables, au moment même où l’inflation fait baisser les salaires réels.

Figure 11. FPE : évolutions annuelles du salaire net en euros constants publiées par l’Insee. Le salaire à structure constante n’est plus publié après le millésime 2020.
Insee Première sur les salaires de l’État : directeur général de l’Insee à la date de publication, auteurs, et place du salaire à structure constante.
DG de l’Insee IP n° Millésimes Auteurs Insee Co-auteurs DGAFP Salaire à structure constante
Jean-Claude Milleron 86, 156 1989-1990 Guillaume Houriez, Dominique Quarré tableau (estimation)
Milleron ou Champsaur (transition 1992) 232 1991 Guillaume Houriez, Dominique Quarré tableau (estimation)
Paul Champsaur 286, 354, 409, 492, 555, 627, 694, 768, 818 1992-2000 Guillaume Houriez, Dominique Quarré, Martine Eenschooten, Véronique Cornuau tableau → tableau complet
Champsaur ou Charpin (transition 2003) 923 2001 Marielle Dhune, Dominique Quarré tableau complet
Jean-Michel Charpin 977, 1041, 1094, 1151 2002-2005 Marielle Dhune, Dominique Quarré, Vincent Gombault tableau complet
Jean-Philippe Cotis 1211, 1257, 1324, 1381 2006-2009 Vincent Gombault, Dominique Quarré, Xavier Besnard, Roselyne Kerjosse tableau complet
Jean-Luc Tavernier 1443, 1476, 1509, 1564, 1612, 1662, 1708, 1761, 1810, 1861, 1914, 1955, 2016 2010-2022 Roselyne Kerjosse, Christophe Michel, Julie Goussen, Romain Bour, Jean-Luc Ntamakuliro-Inema Natacha Gualbert, Fanny Godet, Gwendoline Volat une ligne du tableau 1 → texte → texte + tableur en ligne → texte (nomenclature grossière) → absent
Fabrice Lenglart 2065, 2100 2023-2024 Benjamin Gilbert, Lino Galiana Gwendoline Volat, Gaëlle Gateaud absent

4.3 La montée en puissance de la RMPP

Pendant que le salaire à structure constante s’efface, la rémunération des personnes en place suit le chemin inverse : d’abord une estimation dans le texte, puis une ligne de tableau, puis des tableaux entiers, un sigle, des intertitres et enfin le rôle de premier terme de la décomposition.

Tableau 1. Place des deux indicateurs dans les Insee Première sur les salaires de l’État.
Publication Salaire à structure constante Personnes en place (RMPP)
1990 (IP n° 86) Tableau ; premier chiffre « corrigé » cité dans le chapeau Estimation au conditionnel (« pourrait être de l’ordre de »), dans le chapeau et le texte ; aucun tableau
1991-1994 Tableau et chapeau Chapeau et texte ; toujours aucun tableau
1995 (IP n° 409) Tableau complet de décomposition Entre dans le tableau : une ligne « Salaire net des personnes en place »
2001-2005 Chapeau : part des « revalorisations salariales » dans la hausse du salaire moyen Chapeau et tableau
Juillet 2006 (IP n° 1094) Sort du chapeau ; reste dans le tableau Seul indicateur du chapeau avec le salaire moyen
Octobre 2008 (IP n° 1211) Tableau Deux lignes (brut et net), évolution sur quatre ans dans le chapeau, nouveau tableau sur la distribution des évolutions individuelles des agents en place
2011-2013 (IP n° 1381, 1443, 1476) Tableau de décomposition supprimé : une ligne, puis le texte seul Apparition du sigle « RMPP », d’un intertitre et d’un tableau par statut et catégorie
Juillet 2016 (IP n° 1612) Texte et définitions Premier terme de la nouvelle décomposition du salaire moyen (personnes en place, fluctuants, entrants et sortants)
Juin 2023 (IP n° 1955) Plus aucune mention Chapeau, intertitre, figure, décomposition

La RMPP était donc présente dès l’origine, mais comme un chiffre d’appoint : en 1990, l’Insee ne la calcule pas, il l’estime, et ne la met dans aucun tableau. Le salaire à structure constante est alors l’indicateur de référence, celui qui vient en premier dans le résumé. La hiérarchie s’inverse en trois moments : en 2006, il quitte le chapeau, où la RMPP reste ; en 2008, dans le premier Insee Première publié après la polémique de 2007, la RMPP gagne une ligne, une évolution sur quatre ans et un tableau entier ; en 2013, le tableau de décomposition disparaît au moment où la RMPP reçoit son sigle et son propre tableau. Le salaire à structure constante ne réapparaît dans le chapeau qu’en 2017 et 2018, sans être nommé (un agent « de mêmes grade et échelon »).

Le simple comptage des mentions dans le texte des publications résume ces deux trajectoires.

Figure 12. Nombre de mentions du salaire à structure constante (y compris « à corps, grade et échelon identiques ») et des personnes en place (y compris « RMPP ») dans chaque Insee Première sur les salaires de l’État.

Jusqu’en 2009, le salaire à structure constante est cité de dix à seize fois par publication, un peu plus souvent que les personnes en place. Après 2013, il ne l’est plus que de une à cinq fois, puis plus du tout à partir de 2023, alors que la RMPP l’est de douze à seize fois.

Le cas des enseignants

La disparition se retrouve à l’échelle des sous-populations. Jusqu’en 2009, le tableau par catégorie socioprofessionnelle isolait les enseignants à trois niveaux (ensemble, cadres, professions intermédiaires), chacun avec ses trois évolutions : salaire moyen, structure constante, personnes en place. Depuis 2011, la ligne « Enseignants » existe toujours, mais elle est unique, elle mêle agrégés, certifiés, professeurs des écoles et enseignants du supérieur, et elle n’a plus que deux colonnes.

Tableau 2. Les enseignants dans les Insee Première sur les salaires de l’État, 2008 et 2024.
Évolution en euros constants Salaire moyen Structure constante RMPP
2008 (IP n° 1324)
Ensemble des enseignants -0,1 % -0,4 % +1,9 %
Enseignants cadres (agrégés, certifiés, supérieur) -0,3 % -0,4 % +1,9 %
Enseignants professions intermédiaires (professeurs des écoles) -1,3 % +0,2 % +2,4 %
2024 (IP n° 2100)
Enseignants (ligne unique) +3,9 % non publiée +4,8 %

Pour les professeurs des écoles, le salaire à structure constante de 2008 raconte autre chose que la RMPP : le prix du poste progresse de 0,2 %, quand les agents en place gagnent 2,4 % grâce à l’avancement. Cette lecture n’est plus possible aujourd’hui : il ne reste que le salaire moyen, qui mélange carrière et renouvellement, et la RMPP, qui est la plus favorable des deux (+4,8 % contre +3,9 % en 2024).

4.4 Qui signait les publications ?

Le tableau suivant détaille, année par année, les signataires des Insee Première autour des deux ruptures : la disparition du tableau de décomposition (millésime 2010, publié en avril 2013) et la disparition de toute mention du salaire à structure constante (millésime 2021, publié en juin 2023).

Tableau 3. Auteurs des Insee Première sur les salaires de l’État autour des deux ruptures dans la publication de l’évolution du salaire à structure constante (une ligne par millésime).
Année IP n° Parution DG Insee Auteurs Insee Co-auteurs DGAFP Salaire à structure constante
2006 1211 oct. 2008 Cotis Vincent Gombault, Dominique Quarré - tableau complet
2007 1257 sept. 2009 Cotis Vincent Gombault, Dominique Quarré - tableau complet
2008 1324 nov. 2010 Cotis Xavier Besnard - tableau complet
2009 1381 déc. 2011 Cotis Xavier Besnard, Roselyne Kerjosse - tableau complet
2010 1443 avr. 2013 Tavernier Roselyne Kerjosse, Christophe Michel - une ligne du tableau 1 - tableau supprimé
2011 1476 déc. 2013 Tavernier Christophe Michel - texte
2012 1509 juil. 2014 Tavernier Christophe Michel - texte + tableur en ligne
2013 1564 août 2015 Tavernier Christophe Michel - texte
…
2018 1810 juil. 2020 Tavernier Romain Bour Fanny Godet texte
2019 1861 juin 2021 Tavernier Romain Bour Fanny Godet texte
2020 1914 juil. 2022 Tavernier Romain Bour Gwendoline Volat texte
2021 1955 juin 2023 Tavernier Jean-Luc Ntamakuliro-Inema Gwendoline Volat absent - plus aucune mention
2022 2016 sept. 2024 Tavernier Jean-Luc Ntamakuliro-Inema Gwendoline Volat absent
2023 2065 juil. 2025 Lenglart Benjamin Gilbert Gwendoline Volat absent
2024 2100 mai 2026 Lenglart Lino Galiana Gaëlle Gateaud absent

La signature d’un Insee Première n’indique pas qui a décidé de son contenu : le format et le choix des indicateurs relèvent aussi de la division Salaires et revenus d’activité, du comité de rédaction des Insee Première et, depuis 2014, de la co-publication avec le service statistique de la DGAFP. Le tableau montre seulement qui signait les publications au moment de chaque rupture.

Cette disparition avait déjà été relevée, à propos de la difficulté à mesurer l’évolution des revenus dans les statistiques de pouvoir d’achat, dans Geerolf (2024b).

Les publications n’expliquent jamais ces changements. Ceux-ci coïncident à la fois avec des changements de source (Siasp), d’équipes d’auteurs, de format des Insee Première et de direction générale, sans qu’on puisse attribuer la décision à l’un de ces facteurs.

5 Et dans le secteur privé ?

La même question se pose pour les salariés du privé, pour lesquels l’Insee publie chaque année un Insee Première sur les salaires. On y retrouve les mêmes indicateurs : le salaire net moyen (en équivalent temps plein depuis le millésime 2009, pour les salariés à temps complet auparavant), le salaire à structure constante (qui neutralise la composition de l’emploi par catégorie socioprofessionnelle, secteur d’activité et condition d’emploi), la rémunération moyenne des personnes en place (salariés présents deux années consécutives dans le même établissement, avec la même quotité de travail) et l’effet de noria, qui isole la contribution des entrées et des sorties (le mot figure dès le millésime 2000, l’effet est chiffré depuis 2019). Les données source (trente-six publications, de l’Insee Première n° 85 de juin 1990 au n° 2079 d’octobre 2025) sont dans le dossier salaires-prives. Pour l’histoire longue des salaires du privé et de la mesure de l’effet de structure, on s’appuie largement sur la note de Concialdi (2023) (IRES), qui recense toutes les éditions annuelles de l’Insee depuis 1971 et dont la bibliographie a permis de retrouver les numéros d’Insee Première antérieurs à 2004.

5.1 Un indicateur ancien, présenté comme central

Dans le privé, la structure constante est beaucoup plus ancienne que la RMPP, et son histoire est retracée par Concialdi (2023). Selon lui, la première mesure d’un effet de structure dans les publications de l’Insee date de 1971 : Padieu, Volkoff, et Calviac (1971) se demandent ce qu’aurait été l’évolution du salaire moyen de 1968 si la répartition des salariés par catégorie était restée constante, parce que les grèves de mai et juin avaient fait baisser la proportion d’ouvriers. Le résultat (+ 8,3 %) est nettement inférieur à la hausse observée (+ 10 %). Les publications des années 1970 invoquent cet effet sans le chiffrer ; il l’est ensuite pour 1968-1982 (Fournier 1988) et pour les années 1980 par le CERC, puis, depuis 1990, chaque année : le tableau synthétique qui ouvre l’Insee Première annuel présente de façon systématique l’évolution du salaire moyen à structure variable, à structure constante, et l’effet de structure (Concialdi 2023). L’effet de structure y est aussi mesuré par grandes périodes depuis 1951 (Bayet et Demailly 1996).

Concialdi (2023) insiste sur ce que mesure l’indicateur. L’Insee retient trois variables qui décrivent les emplois et non les salariés qui les occupent : la qualification (approchée par la catégorie socioprofessionnelle), le secteur d’activité et le temps complet ou partiel. Comme l’effet de qualification domine l’effet de structure, il parle de salaire « à qualification constante », et y voit un prix du travail à caractéristiques identiques, comme on mesure le prix d’un bien à qualité constante. C’est la lecture de cet article : la structure constante est le prix d’un poste. L’écart avec le salaire moyen est loin d’être anecdotique : l’effet de structure est de l’ordre de 0,3 point par an de 1950 à 1967, 0,9 point de 1967 à 1978 et autour de 0,5 point depuis le milieu des années 1980, ce qui représente environ 45 % de la progression du salaire moyen entre 1950 et 2019. Entre 1978 et 2019, le pouvoir d’achat du salaire net moyen a ainsi augmenté de 19,4 % à structure variable et baissé de 4,2 % à structure constante. C’est la différence entre les deux mesures qui explique le contraste, relevé par l’auteur, avec les analyses de moyen terme de l’Insee (+ 13,1 % pour le pouvoir d’achat du salaire net entre 1996 et 2018, Insee (2021)) : elles ne mesurent pas la même chose et ne répondent pas à la même question.

La lecture des numéros eux-mêmes confirme ce statut. De 1990 à 1999 (Insee Première n° 85 à 687), le salaire à structure constante figure dans le chapeau de neuf des dix numéros, le dixième (juin 1994, n° 321) le donnant dès le premier paragraphe du texte, et un tableau en reconstitue la série depuis 1987. Il quitte le chapeau avec l’Insee Première de mai 2001 (n° 778, millésime 1999), consacré aux salaires horaires et à la réduction du temps de travail, reste dans le texte, avec un graphique, jusqu’en 2004, puis dans un tableau de série de 2005 à 2017. Il ne reparaît dans le chapeau que deux fois, en 2010 (millésime 2008) et en 2022 (millésime 2020).

5.2 Une RMPP qui existe depuis 1990, sous d’autres noms

Je pensais, en commençant ce travail, que la RMPP était apparue à la fin des années 2000. Les Insee Première des années 1990 montrent le contraire : l’évolution du salaire des personnes en place est publiée, avec des méthodes et des noms différents, dès 1990 et presque chaque année ensuite. Le numéro de juin 1990 (n° 85, millésime 1989) la place même dans son chapeau, à côté du salaire moyen (+ 3,7 % en francs courants) et du salaire à structure constante (+ 3,3 %) : pour les « salariés en place » en 1988 et 1989, la hausse est de 4,5 à 5,1 %.

Ce qui a changé n’est donc pas l’existence de l’indicateur, mais trois choses. D’abord la méthode : dans les années 1990, l’évolution des personnes en place n’est pas mesurée mais reconstituée. L’Insee l’obtient en ajoutant à l’indice à structure constante l’effet des promotions des mêmes individus, évalué sur les déclarations de salaires de 1984 à 1986 (2,0 % par an pour les salariés présents deux années, 1,8 % pour ceux qui ont travaillé douze mois chacune des deux années). Elle n’est mesurée directement qu’à partir du numéro de 1997 (n° 550), pour 1995. Ensuite la place : de section méthodologique à la fin du numéro, l’indicateur passe dans le texte en 2013, dans le chapeau en 2019, dans une colonne du tableau principal en 2023. Enfin le nom : « personnes en place » et « permanents-permanents » jusqu’en 2021, « RMPP » (sigle) en 2023. La seule édition qui ne donne aucune évolution des personnes en place est celle du millésime 1999 (n° 778).

Tableau 4. Place des deux indicateurs dans les Insee Première sur les salaires du privé.
Publication Salaire à structure constante Personnes en place (ancêtres de la RMPP)
Juin 1990 (IP n° 85, millésime 1989) Chapeau, texte, tableau Chapeau (+ 4,5 à + 5,1 % en francs courants), section dédiée et décomposition 1984-1986
1991-1996 (IP n° 145 à 471, millésimes 1990-1995) Chapeau (premier paragraphe en 1994), tableau de série Section « L’évolution du salaire des personnes en place » : estimation = structure constante + effet de carrière, fourchette chiffrée chaque année
1997-1999 (IP n° 550 à 687, millésimes 1996-1998) Chapeau Première mesure directe (« permanents-permanents », brut : + 1,8 % pour 1995, + 1,1 % pour 1996, + 2,0 % pour 1997)
Mai 2001 (IP n° 778, millésime 1999) Quitte le chapeau ; texte, graphique et tableau Absente (définition seulement)
2002-2005 (IP n° 833 à 1007, millésimes 2000-2003) Texte et graphique ; tableau de série à partir de 2005 Permanents-permanents mesurés (+ 2,5 % brut en 2000, + 3,3 %, + 1,7 % et + 2,1 % nets de 2001 à 2003) ; premier « effet de noria »
2006-2010 (IP n° 1067 à 1300, millésimes 2004-2008) Tableau ; chapeau en 2010 Moyenne des permanents-permanents dans le texte (+ 2,0 ; + 3,4 ; + 2,7 ; + 3,4 ; + 2,2 %) et distribution des évolutions individuelles
Décembre 2011 (IP n° 1384, millésime 2009) Tableau Passage aux équivalents temps plein (+ 2,3 %)
Octobre 2013 à septembre 2015 (IP n° 1471 à 1565) Tableau Intertitre dans le texte, puis « rémunération moyenne des personnes en place », qui « mesure les effets de carrière » ; graphique
Avril 2019 à juin 2021 (IP n° 1750 à 1863, millésimes 2016-2019) Plus de série dans un tableau : un chiffre dans le texte Dans le chapeau, avec un intertitre ; effet de noria chiffré
Avril 2022 (IP n° 1898, millésime 2020) Chapeau (correction de l’effet Covid) et ligne de tableau Absente
Février 2023 (IP n° 1938, millésime 2021) Ligne de tableau Sigle « RMPP » et colonne dans le tableau principal
Novembre 2023 (IP n° 1971, millésime 2022) Absente Colonne du tableau
Octobre 2024 (IP n° 2020, millésime 2023) Ligne de tableau Chapeau et colonne du tableau
Octobre 2025 (IP n° 2079, millésime 2024) Absente Colonnes « évolution de la RMPP » et « part de personnes en place »

Le numéro de 1990 va plus loin que ce que l’on publie aujourd’hui. Son encadré méthodologique pose l’identité que cet article propose de rétablir : l’effet de structure est la résultante des promotions des personnes en place (effet de carrière, ou GVT positif) et des mouvements d’embauche et de départ (effet des entrées et des sorties), ce dernier effet étant en général négatif puisque les partants sont mieux payés que les entrants. Un tableau en donne la décomposition sur 1984-1986 : pour les salariés présents deux années, un effet de carrière de + 2,0 points par an, des entrées et des sorties qui retranchent 0,7 point, soit un effet de structure d’environ + 1,0 point par an. Le vocabulaire de « GVT » et d’« effet de carrière » se retrouve dans les numéros jusqu’en 2004 environ, disparaît ensuite, puis ne revient qu’avec la RMPP en 2013. Les personnes en place ne forment d’ailleurs qu’une partie des salariés : environ 70 % des effectifs pour les présents deux années et un peu plus de la moitié pour les permanents-permanents dès les années 1990, 52 % des postes à temps complet en 2004 comme en 2022 ou en 2024.

Plusieurs ruptures méritent d’être notées. En 1999, le titre de la publication change (« Les salaires dans les entreprises ») et le numéro de mai 2001 met en avant les salaires horaires plutôt que les salaires mensuels. En 2009, on passe des salariés à temps complet aux équivalents temps plein. Entre l’IP de 2017 et celui de 2019, la définition de la structure constante est resserrée : le sexe et l’âge ne figurent plus parmi les variables qui définissent les groupes. Et dès l’IP de décembre 2014, la série avait été « recalculée depuis 2002 en salaires EQTP » et diffère de celle des éditions précédentes : pour 2009, la hausse à structure constante passe ainsi de + 1,2 % à + 0,2 %.

Concialdi (2023) relève lui aussi la disparition de la structure constante : après 2017, l’Insee n’a plus fait figurer dans le tableau de synthèse introductif ni l’évolution du salaire à structure constante, ni l’effet de structure, qui restent mentionnés dans le texte. La forte déformation de la structure des emplois pendant la crise sanitaire (l’effet de structure atteint + 1,7 point en 2020, un niveau comparable à celui de 1968) a conduit l’Insee à les réintroduire pour les millésimes 2020 et 2021. Cette chronologie recoupe le tableau ci-dessus. Sa note, achevée en octobre 2023, ne pouvait pas voir la suite : l’Insee Première de novembre 2023 (millésime 2022), un mois plus tard, supprime de nouveau l’indicateur, comme celui d’octobre 2025 (millésime 2024).

5.3 La montée en charge : une affaire de place

Le comptage des mentions, de 1990 à 2025, résume la trajectoire.

Figure 13. Nombre de mentions du salaire à structure constante (y compris « à catégorie socioprofessionnelle, secteur d’activité et condition d’emploi constants ») et des personnes en place (y compris « permanents-permanents » et « RMPP ») dans chaque Insee Première sur les salaires du privé. Les carrés sous l’axe signalent les numéros où l’indicateur figure dans le chapeau.

Le nombre de mentions ne dessine pas de montée en charge. Les deux indicateurs sont cités de façon soutenue tout au long de la période : de 5 à 14 fois par numéro pour la structure constante dans les années 1990, et jusqu’à 19 fois pour les personnes en place dès le premier numéro (n° 85, 1990). Les pics de 2006 à 2008 (16, 16 puis 20 mentions) et de décembre 2011 correspondent aux graphiques de distribution des évolutions individuelles des permanents-permanents, dont chaque catégorie est citée en légende, et non à un surcroît d’analyse. Jusqu’en 2021, les deux courbes se croisent sans tendance nette.

Ce qui change est la place. Les carrés sous l’axe montrent que la structure constante est dans le chapeau de 1990 à 1999, puis seulement en 2010 et en 2022, alors que la RMPP, dans le chapeau en 1990, n’y revient qu’en 2019 et reste en vue jusqu’en 2021 puis en 2024. Sa montée en charge réelle date de la période récente : le sigle et une colonne du tableau principal à partir de 2023 font passer ses mentions de trois (juin 2021) à huit (février 2023), puis à 11 (octobre 2025). Au même moment, la structure constante tombe à zéro ou à une mention (novembre 2023, octobre 2024 et octobre 2025). Deux différences avec l’État sont à relever. D’abord, la disparition n’est pas linéaire : en 2020, au moment où le salaire moyen augmente de 3,2 % parce que les emplois les moins bien payés disparaissent pendant la crise sanitaire, l’Insee remet la structure constante dans le chapeau pour montrer que, à composition constante, la hausse n’est que de 1,5 %. Elle reste ensuite dans les tableaux pour les millésimes 2021 et 2023. Enfin, la RMPP du privé n’a pas pris, en nombre de mentions, la place qu’elle occupe à l’État : elle y compte de huit à onze mentions depuis 2021, contre douze à seize à l’État.

L’indicateur manque pourtant dans les années où l’on en aurait le plus besoin. Quand le salaire net moyen baisse de 1,0 % en euros constants en 2022, le plus fort recul des vingt-cinq dernières années selon l’Insee (hors 2020 et 2021), la structure constante n’est pas publiée, alors que la RMPP, elle, progresse de 1,3 %. Elle ne l’est pas non plus pour 2024, où le champ élargi (Mayotte, apprentis, stagiaires) rompt de toute façon la série.

5.4 Ce que montrent les trois indicateurs

Figure 14. Secteur privé : évolutions annuelles du salaire net en euros constants publiées par l’Insee, de 1988 à 2024. Jusqu’en 2001 pour le salaire moyen et la structure constante, jusqu’en 2008 pour les personnes en place : publications d’époque pour les salariés à temps complet (pointillés) ; ensuite, séries en équivalents temps plein. Entre 1989 et 1995, les personnes en place sont estimées (fourchette). La structure constante n’est pas publiée en 2022 et 2024 ; la RMPP ne l’est pas en 2020.

Remonter avant 2009 confirme la hiérarchie. De 1988 à 2008, la structure constante est plus basse que le salaire moyen les 21 années où les deux sont publiés. Elle progresse de 0,1 % par an en moyenne de 1988 à 2001, contre 0,7 % pour le salaire moyen, et elle est négative 5 années sur 14 (le salaire moyen 2 années). Les personnes en place gagnent chaque année nettement plus : en moyenne 1,9 % de 1989 à 1995, où elles sont estimées (contre 0,7 % pour le salaire moyen), et 2,6 % de 2001 à 2008, soit 2,0 points de plus que le salaire moyen. La RMPP n’est jamais inférieure à 0,7 % sur l’ensemble de la période.

Sur la période récente, où les trois sont publiés, la hiérarchie est la même qu’à l’État. L’évolution à structure constante est en moyenne de -0,03 % par an depuis 2009, contre 0,5 % pour le salaire net moyen et 2,0 % pour la RMPP, qui n’est négative aucune des 15 années. Elle est négative 5 années sur 14, à peine plus souvent que le salaire moyen (4 années sur 14). La RMPP dépasse le salaire moyen de 1,7 point par an, un écart qui reflète, d’un côté, la progression de carrière et l’ancienneté, de l’autre l’effet de noria, que l’Insee chiffre depuis 2019 : en 2024, les entrants gagnent en moyenne 1 982 € en EQTP contre 2 811 € pour les sortants, et cet écart pèse pour − 1,3 point sur l’évolution d’ensemble (+ 0,8 %).

Comme dans le public, ce sont donc les années de baisse de pouvoir d’achat que la RMPP masque le mieux. En 2022, le salaire moyen perd 1,0 % tandis que les personnes en place gagnent 1,3 %. L’avantage du privé sur le public est que l’Insee y a au moins maintenu, dans la plupart des publications, les éléments de la décomposition (structure constante et effet de structure en 2020, 2021 et 2023, effet de noria chiffré depuis 2019, RMPP chaque année sauf 2020). Mais la publication de la structure constante y est devenue discontinue : un lecteur qui voudrait suivre la série de 2019 à 2024 ne la trouve pas pour deux années sur six.

6 Conclusion : ce qu’il faudrait publier

Indicateur Question à laquelle il répond Primes Avancement Composition des effectifs Dernière publication
Valeur du point Quelle revalorisation générale ? non non non chaque décret
ITB-GI / ITN-GI (DGAFP) Combien vaut un échelon de grille (point et grille) ? non non non annuelle
Salaire à structure constante (Insee) Combien vaut un poste, primes comprises ? oui non non millésime 2020
RMPP Comment évolue la paie de ceux qui restent ? oui oui non annuelle
Salaire net moyen (EQTP) Combien coûte l’agent moyen ? oui oui oui annuelle
Effet de structure (GVT solde) Que doit le salaire moyen aux mouvements d’agents ? - GVT + GVT − millésime 2020

Pour savoir si « les fonctionnaires » ont gagné ou perdu en pouvoir d’achat, il faut donc préciser lesquels : un poste donné (structure constante), un agent qui progresse dans sa carrière (RMPP) ou la masse des agents (salaire moyen).

6.1 Ce que montre l’article

Les six indicateurs ne se contredisent pas : ils répondent à des questions différentes, et c’est leur lecture conjointe qui informe. La structure constante dit ce que vaut un poste, la RMPP ce que gagne un agent qui reste et avance, le salaire moyen ce que coûte l’agent moyen. Entre les trois, l’effet de structure (carrière d’un côté, renouvellement de l’autre) fait le lien. Or, depuis une quinzaine d’années, la statistique publique n’en met plus en avant qu’un seul, la RMPP. Tant que la structure constante était publiée, elle était la plus basse des trois dans la quasi-totalité des années, et la RMPP la dépassait de deux points par an en moyenne ; la RMPP n’a été négative qu’une seule fois, en 2022 (-0,1 %). Le même constat vaut pour le privé, où la structure constante est devenue discontinue (absente des millésimes 2022 et 2024) alors que, sur longue période, elle change le diagnostic : Concialdi (2023) chiffre à + 19,4 % la hausse du pouvoir d’achat du salaire net moyen entre 1978 et 2019 à structure variable, contre − 4,2 % à structure constante. Les Insee Première des années 1990 la mettaient dans le chapeau, et l’évolution des personnes en place y figurait déjà : la RMPP n’est pas une invention récente, c’est sa mise en avant, au détriment de la structure constante, qui l’est.

6.2 Quatre propositions

  1. Rétablir chaque année la publication du salaire à structure constante, dans le chapeau et dans le tableau principal des Insee Première, à égalité avec la RMPP et le salaire moyen, et avec la série historique depuis 1988. L’indicateur existe, il a été calculé au moins jusqu’au millésime 2020, et le fichier Siasp contient le corps, le grade et l’échelon qu’il exige. La même proposition vaut pour le privé, où l’Insee l’a publié chaque année depuis 1990 (Concialdi 2023), dans le chapeau jusqu’en 1999, avant de le faire apparaître et disparaître selon les millésimes.
  2. Le publier pour les sous-populations utiles au débat public, au minimum par catégorie A, B et C et pour les enseignants et les non-enseignants, comme le faisait le tableau par catégorie socioprofessionnelle jusqu’en 2009.
  3. Publier la décomposition complète, sous forme d’identité : la RMPP est le salaire à structure constante augmenté de l’effet de carrière (GVT positif), et le salaire moyen est la RMPP augmentée de l’effet de renouvellement (GVT négatif). Le lecteur peut alors vérifier d’où vient chaque écart au lieu de choisir entre des chiffres qui semblent se contredire. Cette décomposition n’a rien d’inédit : l’Insee Première de juin 1990 sur les salaires du privé (n° 85) la posait déjà, avec un effet de carrière (GVT positif) et un effet des entrées et des sorties.
  4. Documenter les ruptures de série : changer de source, retirer une colonne ou renommer un indicateur sont des choix méthodologiques. Une publication statistique devrait les annoncer et les justifier, et non les laisser découvrir en comparant les éditions successives.

Ces propositions ne coûtent presque rien : elles consistent à publier à nouveau un chiffre que l’Insee savait produire. Elles auraient une conséquence simple, que le débat public disposerait à nouveau de la mesure qui dit si un poste de fonctionnaire se déclasse, et pas seulement de celles qui l’ignorent.

Bibliographie

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Notes de bas de page

  1. Par exemple, Dominique Seux (2026) dans un éditorial dans les Echos, repris également sur France Inter: « Les magistrats de la même cour indiquent que la rémunération moyenne des personnes en place (RMPP), l’indicateur « le plus pertinent » à leurs yeux, a grimpé de 16 % en euros constants entre 2012 et 2024. » La première présidente de la Cour des Comptes est également allée en défendre les résultats au 20h de France TV, arguant que les fonctionnaires étaient les plus sujets aux « fake news ».↩︎