France, Allemagne, Italie : le PIB par habitant à méthodes comparables

Ce que les différences de partage volume-prix changent à trente ans de croissance, 1995-2025

PIB
effet qualité
comparaisons internationales
Auteur
Affiliation

OFCE, Sciences Po Paris

Date de publication

octobre 2026

Modifié

octobre 2026

Résumé

Comparer la croissance de deux pays, c’est comparer des déflateurs que chaque institut statistique calcule à sa manière. En 2017, l’Insee a chiffré à environ 0,2 point par an la part de l’écart de croissance entre la France et l’Italie qui tient à ces différences de méthode. Cet article étend l’exercice à l’Allemagne et à la période 1995-2025, à partir des comptes nationaux publiés par Eurostat, en distinguant deux cas. Pour les biens échangés, dont les prix devraient évoluer de la même façon dans des pays qui partagent la même monnaie, on donne aux trois pays le même prix relatif. Pour les services non échangés, dont les prix dépendent de la demande intérieure, un écart entre pays est d’abord économique : on confronte alors le déflateur des comptes à l’indice des prix du même pays, ce qui isole deux conventions, la mesure des télécommunications françaises par les minutes et les SMS échangés, et le déflateur des loyers italiens. Le PIB par habitant publié a crû de 1,02 % par an en France, 1,10 % en Allemagne et 0,62 % en Italie. À méthodes comparables, l’écart entre la France et l’Italie passe de 0,40 à 0,29 point par an : les méthodes en expliquent plus d’un quart, et les parités de pouvoir d’achat, mesure indépendante, vont dans le même sens. L’écart avec l’Allemagne se creuse, de 0,08 à 0,10 point par an, et de 0,05 point par an depuis 2007. Sur la consommation des ménages par habitant, l’écart entre la France et l’Italie passe de 0,49 à 0,27 point par an, et la France passe derrière l’Allemagne.

Mots clés

PIB par habitant, effet qualité, déflateurs, Italie, Allemagne, comparaisons internationales, comptes nationaux

[📄 Version PDF] [📘 France-Allemagne : une croissance égale, des méthodes qui ne le sont pas] [📘 Rapport : Effet qualité et mesure de l’inflation] [💻 Scripts et résultats]

Les comparaisons de PIB par habitant entre la France et ses deux grands voisins reviennent régulièrement dans le débat public. En 2025, on a ainsi appris que le PIB par habitant de l’Italie, en parité de pouvoir d’achat, avait rejoint celui de la France (Direction générale du Trésor 2025). Une vidéo pédagogique de l’Insee concluait de son côté que le PIB français, « en termes de pouvoir d’achat », avait crû davantage que le PIB allemand (Geerolf 2026a).

Ces comparaisons reposent toutes, d’une manière ou d’une autre, sur des déflateurs : il faut retirer de la croissance en euros ce qui relève de la hausse des prix. Or chaque institut statistique fait ce partage entre volume et prix avec ses propres méthodes, en particulier pour les produits dont la qualité change vite. L’Insee l’a lui-même documenté face à l’Italie, dans un dossier de la Note de conjoncture de juin 2017 (Giraud et Quévat 2017). Charles-Julien Giraud et Benjamin Quévat y attribuaient aux différences de méthode environ 0,2 point de l’écart de croissance annuelle entre les deux pays depuis 2000.

Cet article prolonge leur exercice dans quatre directions.

Les précautions de l’article France-Allemagne valent ici aussi. On compare des prix mesurés, et un écart de prix mesurés n’est pas un biais : les marchés, la fiscalité et la réglementation diffèrent. Rien ne dit, quand deux pays divergent, lequel des deux mesure bien. Et les calculs, faits de l’extérieur à partir de données agrégées, donnent des ordres de grandeur, pas une correction des comptes.

1 Ce que disent les comptes publiés

Selon les comptes nationaux publiés, le PIB par habitant en volume a augmenté de 35,6 % en France entre 1995 et 2025, de 38,9 % en Allemagne et de 20,4 % en Italie, soit 1,02 %, 1,10 % et 0,62 % par an (figure 1, traits pleins).

Figure 1. PIB par habitant en volume, 1995 = 100. Traits pleins : comptes publiés. Pointillés : méthodes comparables (biens échangés à prix relatif commun, télécommunications et loyers déflatés par l’IPCH du même pays ; voir la section « La méthode »). Source : Eurostat (nama_10_gdp, nama_10_pe, nama_10_co3_p3, nama_10_a64_p5), calculs de l’auteur.

Les trois trajectoires se séparent en trois temps.

  • De 1995 à 2007, la France est en tête (1,80 % par an), devant l’Allemagne (1,66 %) et l’Italie (1,26 %). Jusqu’en 2000, la France et l’Italie progressent à des rythmes très proches, comme le relevaient Giraud et Quévat.
  • De 2007 à 2019, l’Allemagne prend l’avantage (1,16 % par an), la France ralentit (0,50 %) et l’Italie recule (−0,40 %), sous l’effet de la crise des dettes souveraines.
  • Depuis 2019, l’ordre s’inverse : l’Italie croît de 1,42 % par an, la France de 0,53 %, et l’Allemagne recule (−0,12 %). La direction générale du Trésor attribue une grande part du rattrapage italien au Superbonus, qui a dopé l’investissement en logement, et au recul de la population (Direction générale du Trésor 2025).

En valeur, c’est-à-dire en euros courants, la hiérarchie est presque inverse : le PIB par habitant a crû de 3,00 % par an en Italie, 2,70 % en Allemagne et 2,52 % en France. Tout le classement en volume vient donc des déflateurs : sur trente ans, les prix du PIB auraient augmenté de 2,38 point par an en Italie, contre 1,50 en France et 1,60 en Allemagne. Une part de cet écart est réelle : l’Italie avait une inflation plus forte avant l’euro, et l’a gardée plus longtemps. Toute la question est de savoir quelle part tient aux méthodes.

2 Où les méthodes divergent

2.1 Ce qu’avaient trouvé Giraud et Quévat

Leur argument part des biens échangés. Le déflateur des appareils ménagers baissait de 1,8 % par an en France depuis 2000 et augmentait de 0,4 % par an en Italie, alors qu’il s’agit de produits échangés internationalement, payés dans la même monnaie. Pour ces produits, l’ajustement de l’effet qualité « apparaît donc plus favorable à l’évolution des volumes dans le cas français que dans le cas italien » (Giraud et Quévat 2017, 46). Ils relèvent le même phénomène pour d’autres postes.

  • Les loyers, réels et imputés. L’Insee déflate par l’indice des prix à la consommation ; l’Istat utilise un indice tiré de l’enquête sur le budget des familles, qui croît nettement plus vite.
  • Les télécommunications. En France, les volumes sont mesurés directement par les quantités de minutes, de SMS et de MMS ; en Italie, ils sont déduits des recettes des opérateurs, déflatées par l’indice des prix des forfaits. Le volume français serait moins dynamique avec la méthode italienne.
  • L’investissement en équipements informatiques et de communication, et en logiciels et bases de données : les valeurs évoluent de façon voisine dans les deux pays, les volumes beaucoup plus vite en France.

À l’inverse, pour les automobiles, les déflateurs des deux pays sont proches. Giraud et Quévat en concluent qu’environ 0,2 point de croissance par an tient aux méthodes, sur un écart total de 1,0 point entre 2000 et 2016. Le reste se répartit entre la conjoncture (0,2 point), la démographie (0,2 point) et un résidu de 0,4 point qu’ils ne parviennent pas à expliquer.

2.2 Ce que montrent les déflateurs de 1996 à 2022

Les comptes de consommation par fonction publiés par Eurostat permettent de refaire la comparaison sur une période plus longue et avec l’Allemagne (tableau 1). Pour tenir compte de l’écart d’inflation générale, on calcule aussi le prix relatif de chaque poste : la hausse de son déflateur moins celle du déflateur des autres postes de la consommation du même pays.

Tableau 1. Variation annuelle moyenne des déflateurs de quelques postes, 1996-2022 (investissement : 1996-2025), en %. Entre parenthèses : prix relatif au reste du panier du même pays, en point par an. Source : Eurostat (nama_10_co3_p3, nama_10_a64_p5), calculs de l’auteur.
Poste France Allemagne Italie
Appareils ménagers −1,4 (−3,1) −0,6 (−2,2) +0,9 (−1,7)
Audiovisuel, photo, informatique −7,3 (−9,0) −5,5 (−7,2) −4,8 (−7,4)
Matériel de téléphonie −14,0 (−15,7) −8,8 (−10,5) −9,9 (−12,5)
Services de télécommunication −4,1 (−5,8) −2,1 (−3,8) −0,9 (−3,5)
Habillement +0,4 (−1,4) +0,3 (−1,3) +1,6 (−1,0)
Achat de véhicules +0,8 (−0,9) +1,1 (−0,5) +2,1 (−0,5)
Loyers réels +1,5 (−0,2) +1,2 (−0,5) +3,3 (+0,8)
Loyers imputés +1,8 (0,0) +1,2 (−0,4) +3,3 (+0,8)
Équipements TIC (investissement) −2,0 (−3,9) −3,8 (−5,6) −0,4 (−2,6)
Logiciels et bases de données (investissement) +0,7 (−1,1) −0,1 (−1,9) +1,6 (−0,6)

Le motif de 2017 se retrouve, et l’Allemagne s’insère presque toujours entre les deux.

  • Appareils ménagers : −1,4 % par an en France, −0,6 % en Allemagne, +0,9 % en Italie. En prix relatif, l’écart entre la France et l’Italie est encore de 1,4 point par an.
  • Services de télécommunication : −4,1 % en France, −2,1 % en Allemagne, −0,9 % en Italie. L’écart français se creuse surtout en 2011-2013 (figure 2), avec l’arrivée d’un quatrième opérateur mobile et la généralisation des forfaits illimités. La baisse des prix a été en partie réelle ; mais mesurer un volume par le nombre de minutes et de SMS quand ils ne sont plus facturés à l’unité conduit aussi à enregistrer comme une baisse de prix ce qui est une hausse des usages.
  • Loyers imputés : le prix relatif augmente de +0,8 point par an en Italie, est stable en France (0,0) et baisse en Allemagne (−0,4). Les loyers représentant entre un sixième et un cinquième de la consommation selon les pays, c’est le poste qui pèse le plus. Mais ce n’est pas un bien échangé, et ces écarts entre pays peuvent tenir aux marchés du logement autant qu’aux méthodes (Section 3).
  • Investissement en équipements TIC : l’ordre change. C’est l’Allemagne, qui recourt aux méthodes hédoniques pour le matériel informatique, dont le déflateur baisse le plus (−3,8 % par an), devant la France (−2,0 %) et l’Italie (−0,4 %). Giraud et Quévat notaient déjà, à la suite de travaux de l’OCDE, que la France se situe sur ce poste entre l’Italie et les pays anglo-saxons (Ahmad, Ribarsky, et Reinsdorf 2017).
Figure 2. Prix relatif de quelques postes par rapport au reste du panier du même pays, 1995 = 100. Une courbe plus basse signifie qu’une plus grande part de la dépense est comptée en volume. Source : Eurostat (nama_10_co3_p3, nama_10_a64_p5), calculs de l’auteur.

3 La méthode : comparer ce qui est comparable

Le calcul pose, poste par poste, la question de Giraud et Quévat : que deviendrait la croissance d’un pays si le partage volume-prix de ce poste était fait autrement ? La réponse ne se cherche pas de la même façon pour tous les postes.

3.1 Les biens échangés : un prix relatif commun

Pour les biens échangés, les prix devraient évoluer à peu près de la même façon dans des pays qui partagent la même monnaie et achètent aux mêmes producteurs. Un écart durable de prix relatif y signale une différence de méthode : c’est l’argument de Giraud et Quévat. On retient trois groupes : les biens à renouvellement rapide (habillement, chaussures, équipement du logement, téléphones, audiovisuel et informatique, biens de loisirs), les véhicules, et l’investissement en équipements informatiques et de communication. Le calcul se fait en trois étapes.

  1. On harmonise le prix relatif, pas le prix. Pour chaque poste, on remplace l’évolution du prix relatif national par celle de la référence, ici la moyenne des trois pays. L’écart d’inflation générale, qui n’a rien à voir avec les méthodes, est ainsi neutralisé : si l’Italie a 1 point d’inflation de plus que la France, ses appareils ménagers gardent 1 point d’inflation de plus. Seul change le prix du poste par rapport au reste du panier.
  2. On pondère par le poids du poste. La correction du déflateur de la consommation est la somme, sur les postes en cause, de leur part dans la consommation de l’année précédente multipliée par l’écart de prix relatif. Elle est convertie en points de PIB par la part de la consommation des ménages dans le PIB. On fait de même pour l’investissement en équipements TIC, rapporté au reste de l’investissement.
  3. On retire le contenu en importations. Une baisse de prix mieux mesurée sur un téléviseur importé augmente la consommation en volume, mais aussi les importations en volume : le PIB n’est touché que par la valeur ajoutée produite sur le territoire, marges de distribution comprises. On retient la moitié pour les biens et les véhicules, 70 % pour les équipements TIC (voir l’annexe). Sans cette déduction, on obtient la correction de la consommation en volume, qui est celle qui compte pour le pouvoir d’achat.

3.2 Les services non échangés : une comparaison dans l’absolu

Pour les services non échangés, l’argument ne vaut pas. Leurs prix dépendent de la demande intérieure : quand elle est vigoureuse, ce sont eux, loyers en tête, qui augmentent, alors que les prix des biens échangés restent tenus par la concurrence internationale (Geerolf 2018, 2021). Que les loyers italiens aient augmenté plus vite que les autres prix, et les loyers allemands moins vite, peut tenir aux marchés du logement autant qu’aux méthodes : la comparaison entre pays ne permet pas de trancher.

La question de méthode se pose alors dans l’absolu : le déflateur des comptes nationaux suit-il l’indice des prix du même poste, dans le même pays ? Pour les télécommunications et les loyers, on remplace le déflateur des comptes par l’IPCH du même pays (Section 5). Cette correction ne dit rien de la qualité de l’IPCH lui-même ; pour les loyers français, dont l’indice sous-estime la hausse (Geerolf 2026c), elle est un minimum. Les logiciels, service produit sur place pour lequel on ne dispose pas d’indice de référence, ne sont corrigés ni d’une manière ni de l’autre.

On appelle méthodes comparables la combinaison des deux corrections. Les comptes par fonction s’arrêtant en 2022 pour la France et l’Allemagne, et en 2023 pour l’Italie, on prolonge les corrections au-delà par leur moyenne des dernières années disponibles.

4 Retrouver l’ordre de grandeur de 2017

Avant d’étendre l’exercice, on vérifie qu’il retrouve celui de 2017. On donne pour cela à l’Italie les prix relatifs français, et l’on calcule le supplément de croissance italienne entre 2000 et 2015, la période du tableau 8 de Giraud et Quévat (tableau 2).

Tableau 2. Supplément de croissance annuelle du PIB italien si ses déflateurs avaient suivi les évolutions françaises sur les postes en cause, 2000-2015, en point de PIB par an, contenu importé déduit. Prix bruts : on reprend le déflateur français du poste ; prix relatifs : on reprend son évolution par rapport au reste du panier. Sources : Giraud et Quévat (2017), tableau 8 ; Eurostat, calculs de l’auteur.
Giraud et Quévat (2017) Prix bruts, y c. loyers Prix relatifs, y c. loyers Prix relatifs, postes à fort effet qualité
Consommation de biens 0,03 0,05 0,03 0,02
Consommation de services 0,14 0,14 0,10 0,04
Investissement 0,05 0,02 0,02 0,02
Total 0,22 0,21 0,14 0,08

Avec les déflateurs bruts et le périmètre large, le calcul retrouve presque exactement le chiffre de 2017 : 0,21 point par an contre 0,22, dont 0,14 pour la consommation de services, comme dans le tableau 8. C’est une confirmation de leur méthode autant que de la nôtre.

En prix relatifs, le chiffre tombe à 0,14 point, et à 0,08 sur le seul périmètre étroit. La différence vient de ce que l’inflation générale a été plus forte en Italie : de 0,7 point par an sur la consommation, selon le tableau 5 de Giraud et Quévat. En reprenant tel quel le déflateur français d’un poste, on attribue aux méthodes la part de cet écart qui porte sur le poste. On retient ici le calcul en prix relatifs, plus prudent : l’ordre de grandeur de 2017 en est la borne haute.

Cette vérification compare les pays entre eux sur tous les postes, loyers compris, comme le faisaient Giraud et Quévat. Leur argument sur les loyers portait pourtant sur une méthode, celle de l’Istat, qui déflate les loyers par un indice tiré de l’enquête sur le budget des familles plutôt que par l’indice des prix : c’est précisément la comparaison dans l’absolu que l’on retient dans la suite.

5 Les services non échangés : télécommunications et loyers

Pour les télécommunications et les loyers, la comparaison se fait à l’intérieur de chaque pays : le déflateur des comptes nationaux peut s’écarter de l’indice des prix du même poste, ce que Giraud et Quévat relevaient aussi. C’est le cas des loyers en Italie, déflatés par un indice tiré de l’enquête sur le budget des familles, et des télécommunications en France, dont le volume est mesuré directement par les minutes et les messages échangés, le prix s’en déduisant par solde. On peut isoler ces conventions sans rien supposer des autres pays : il suffit de déflater chaque poste par l’indice des prix harmonisé du même pays (figure 3, tableau 3).

Figure 3. Prix des communications (division 08) et des loyers (réels et imputés) selon les comptes nationaux et selon l’IPCH du même pays, 2015 = 100. Source : Eurostat (nama_10_co3_p3, prc_hicp_aind), calculs de l’auteur.
Tableau 3. Écart entre la variation du déflateur des comptes nationaux et celle de l’IPCH du même poste, en point par an, et effet sur la croissance du PIB en volume, en point de PIB par an (part du poste dans la consommation × part de la consommation dans le PIB). Communications : division 08 ; loyers : loyers réels et imputés, rapportés à l’IPCH des loyers effectifs. Source : Eurostat (nama_10_co3_p3, prc_hicp_aind, nama_10_gdp), calculs de l’auteur.
Pays Poste 1995-2007 2007-2019 2011-2013 1995-2022
France Communications : écart déflateur - IPCH −3,0 −3,2 −6,6 −2,8
… effet sur la croissance du PIB −0,04 −0,05 −0,10 −0,04
Loyers : écart déflateur - IPCH +0,7 −0,1 −0,1 +0,2
… effet sur la croissance du PIB +0,06 −0,01 −0,01 +0,02
Allemagne Communications : écart déflateur - IPCH −0,5 −0,7 −0,5 −0,5
… effet sur la croissance du PIB −0,01 −0,01 −0,01 −0,01
Loyers : écart déflateur - IPCH −0,2 0,0 0,0 −0,1
… effet sur la croissance du PIB −0,02 0,00 0,00 −0,01
Italie Communications : écart déflateur - IPCH −0,1 −0,5 −0,5 −0,4
… effet sur la croissance du PIB 0,00 −0,01 −0,01 −0,01
Loyers : écart déflateur - IPCH +1,7 +0,3 0,0 +1,0
… effet sur la croissance du PIB +0,13 +0,03 0,00 +0,08

Les communications en France. Entre 1996 et 2022, le déflateur français des communications baisse de 2,8 points par an de plus que l’indice des prix du même poste ; en Allemagne et en Italie, l’écart ne dépasse pas un demi-point. L’épisode le plus net est l’arrivée d’un quatrième opérateur mobile, en 2012 : de 2011 à 2013, l’écart atteint 6,6 points par an. Comme on l’a montré ailleurs, la dépense des ménages en services de téléphonie recule alors de 16 % en valeur, et les comptes en déduisent une hausse de 20 % du volume consommé en deux ans, là où l’indice des prix en impliquerait une de 4 % [voir Pouvoir d’achat : l’addition que l’Insee ne fait pas]. La méthode revient à compter des minutes et des messages au moment où les forfaits les rendent illimités : leur nombre augmente fortement, sans que le service rendu augmente d’autant. Une vidéo pédagogique de l’Insee partait en 2022 de ce cas précis : « Il y a 10 ans, pour 20 euros par mois on avait le droit à une heure d’appels. Et maintenant pour le même prix, on a tout illimité ! Ils le prennent en compte ça, dans l’inflation ? » (Insee 2022).

Les communications pèsent entre 2 et 3 % de la consommation des ménages. Déflatées par l’indice des prix, elles retireraient 0,04 point par an à la croissance du PIB français en volume sur 1996-2022, et 0,10 point par an en 2012 et en 2013. La croissance du PIB par habitant de 2011-2013 passerait de 0,00 % à −0,10 % par an. Cette correction est plus forte que celle qu’on obtiendrait en comparant les pays entre eux, parce que les déflateurs allemand et italien des communications baissent aussi, en suivant leur indice des prix : l’écart entre pays sous-estime ce qui tient à la convention française. Comme il s’agit de services produits sur le territoire, il n’y a pas de contenu importé à déduire.

Les loyers. En Italie, le déflateur des loyers augmente de 1,0 point par an de plus que l’indice des prix des loyers, et de 1,7 point entre 1996 et 2007. Déflatés par l’indice des prix, les loyers ajouteraient 0,08 point par an à la croissance du PIB italien, et 0,13 point avant 2007. En France, le déflateur des loyers augmente lui aussi un peu plus vite que l’indice des prix, surtout avant 2007 (+0,7 point par an) ; la correction est de +0,02 point de PIB par an sur l’ensemble de la période.

6 Le PIB par habitant à méthodes comparables

6.1 Plus d’un quart de l’écart entre la France et l’Italie

Le tableau 4 rassemble le résultat principal.

Tableau 4. Croissance annuelle moyenne du PIB par habitant, 1995-2025, en %, et écarts en point. Biens échangés : prix relatif moyen des trois pays, contenu importé déduit. Méthodes comparables : en outre, télécommunications et loyers déflatés par l’IPCH du même pays. Source : Eurostat (nama_10_gdp, nama_10_pe, nama_10_co3_p3, nama_10_a64_p5, prc_hicp_aind), calculs de l’auteur.
France Allemagne Italie Écart France - Allemagne Écart France - Italie
En volume, publié 1,02 1,10 0,62 −0,08 +0,40
En volume, biens échangés à prix relatif commun 1,01 1,10 0,63 −0,09 +0,38
En volume, méthodes comparables (et services non échangés à l’IPCH) 0,99 1,09 0,70 −0,10 +0,29
En valeur (euros courants) 2,52 2,70 3,00 −0,18 −0,48
En standards de pouvoir d’achat (euros courants) 2,88 3,03 2,56 −0,15 +0,32

À méthodes comparables, l’écart de croissance entre la France et l’Italie passe de 0,40 à 0,29 point par an : les différences de méthode en expliquent 28 %. Les biens échangés n’y prennent qu’une petite part (l’écart passe à 0,38 point) ; l’essentiel vient des services, et d’abord du déflateur des loyers italiens. En niveau, le PIB par habitant italien de 2025 serait à 123,3 au lieu de 120,4 (base 100 en 1995), et le français à 134,4 au lieu de 135,6.

La correction se répartit de façon très différente selon les pays (tableau 5). En Italie, les loyers en font l’essentiel. En France, ce sont les télécommunications et, dans une moindre mesure, les biens échangés ; les loyers jouent en sens inverse, parce que le déflateur français des loyers a augmenté plus vite que l’indice des prix avant 2007. En Allemagne, la correction est faible sur tous les postes.

Tableau 5. Correction de la croissance annuelle du PIB en volume, par groupe de postes, 1995-2025, en point de PIB par an. Biens échangés : prix relatif moyen des trois pays, contenu importé déduit ; télécommunications et loyers : déflatés par l’IPCH du même pays. Une correction négative signifie que les méthodes nationales sont plus favorables à la croissance mesurée. Source : Eurostat, calculs de l’auteur.
Postes France Allemagne Italie
Biens échangés (prix relatif commun) −0,01 0,00 +0,01
Télécommunications (IPCH du même pays) −0,04 −0,01 −0,01
Loyers (IPCH du même pays) +0,02 −0,01 +0,08
Total −0,03 −0,01 +0,08

6.2 Face à l’Allemagne, l’écart se creuse

L’écart entre la France et l’Allemagne passe de −0,08 à −0,10 point par an, et de −0,25 à −0,30 point par an entre 2007 et 2024. Les méthodes françaises sont plus favorables à la croissance mesurée sur les télécommunications (−0,04 point, contre −0,01 en Allemagne) et sur les biens échangés (−0,01 contre 0,00), ce qui confirme les constats de l’article France-Allemagne sur les prix à la consommation (Geerolf 2026a).

Les loyers, eux, ne compensent pas. Comparés d’un pays à l’autre, ils sembleraient favorables à l’Allemagne : rapportés aux autres prix, les loyers allemands ont augmenté moins vite que les loyers français. Mais cet écart tient d’abord à l’économie, avec une demande française vigoureuse jusqu’en 2008 face à des loyers allemands peu dynamiques, et ne dit rien des méthodes. Mesurés dans l’absolu, les loyers ne déplacent la croissance que de +0,02 point par an en France et de −0,01 en Allemagne.

6.3 Le choix de la référence change peu

Le prix relatif de référence ne porte plus que sur les biens échangés. Le tableau 6 refait le calcul avec les prix relatifs de chacun des trois pays.

Tableau 6. Croissance annuelle moyenne du PIB par habitant à méthodes comparables, 1995-2025, selon la référence retenue pour les prix relatifs des biens échangés, en %, et écarts en point. Source : Eurostat, calculs de l’auteur.
Référence France Allemagne Italie Écart France - Allemagne Écart France - Italie
Publié 1,02 1,10 0,62 −0,08 +0,40
Moyenne des trois pays 0,99 1,09 0,70 −0,10 +0,29
Prix relatifs français 1,00 1,10 0,71 −0,10 +0,29
Prix relatifs allemands 0,99 1,09 0,70 −0,10 +0,29
Prix relatifs italiens 0,98 1,08 0,69 −0,10 +0,29

Les écarts entre pays ne dépendent presque pas de la référence : −0,10 point avec l’Allemagne et +0,29 point avec l’Italie, à un centième de point près. Les niveaux bougent un peu plus : avec les prix relatifs italiens, la France perd 0,04 point de croissance par an, avec les prix relatifs français, 0,02. C’est la conséquence du fait qu’aucun instrument ne dit quelle méthode est la bonne : on peut rendre les trois pays comparables entre eux, pas dire lequel mesure juste.

6.4 Les parités de pouvoir d’achat vont dans le même sens

Les parités de pouvoir d’achat fournissent une mesure indépendante. Elles ne sont pas tirées des déflateurs nationaux, mais d’enquêtes d’Eurostat qui relèvent dans tous les pays les prix d’une même liste de produits. Le PIB converti en standards de pouvoir d’achat ne permet pas de mesurer la croissance d’un pays, puisqu’il reste en prix courants ; mais le rapport entre deux pays dit comment leur PIB a évolué l’un par rapport à l’autre une fois corrigé de l’évolution relative de leurs niveaux de prix (figure 4).

Figure 4. PIB par habitant de la France rapporté à celui de l’Allemagne et de l’Italie, 1995 = 100, selon trois mesures. Une courbe qui monte signifie que la France croît plus vite. Source : Eurostat (nama_10_gdp, nama_10_pe), calculs de l’auteur.

Entre 1995 et 2025, le PIB par habitant français a progressé de 12,6 % de plus que l’italien selon les volumes publiés, de 9,0 % à méthodes comparables, et de 9,9 % selon les parités. Face à l’Allemagne, les trois mesures donnent −2,4 %, −2,9 % et −4,2 %. Dans les deux cas, la correction rapproche les volumes des parités. Les parités sont bruitées, et leurs mouvements d’une année sur l’autre ne doivent pas être sur-interprétés ; mais sur trente ans, elles ne contredisent pas l’idée qu’une part des écarts tient aux déflateurs.

6.5 Une correction concentrée avant 2007 pour l’Italie, après pour la France

La correction n’est pas uniforme dans le temps (tableau 7). Pour l’Italie, elle atteint +0,15 point par an entre 1995 et 2007, période où le déflateur des loyers italiens s’écarte le plus de l’indice des prix, et +0,03 entre 2007 et 2019. Pour la France, elle est la plus forte entre 2007 et 2019 (−0,07 point), en raison des télécommunications. Depuis 2019, elle est faible dans les trois pays : la reprise italienne, comme le recul allemand, ne doit presque rien aux méthodes.

Tableau 7. Croissance annuelle moyenne du PIB par habitant par sous-période, publiée et à méthodes comparables, en %. Correction : méthodes comparables moins publié, en point. Source : Eurostat, calculs de l’auteur.
Pays Période Publié Biens échangés Méthodes comparables Correction
France 1995-2007 1,80 1,77 1,79 −0,01
2007-2019 0,50 0,48 0,42 −0,07
2019-2025 0,53 0,54 0,54 +0,01
1995-2025 1,02 1,01 0,99 −0,03
Allemagne 1995-2007 1,66 1,66 1,63 −0,03
2007-2019 1,16 1,16 1,15 −0,01
2019-2025 −0,12 −0,12 −0,11 +0,02
1995-2025 1,10 1,10 1,09 −0,01
Italie 1995-2007 1,26 1,28 1,40 +0,15
2007-2019 −0,40 −0,39 −0,38 +0,03
2019-2025 1,42 1,40 1,47 +0,04
1995-2025 0,62 0,63 0,70 +0,08

7 La consommation par habitant

Pour le pouvoir d’achat, la grandeur pertinente n’est pas le PIB mais la consommation des ménages en volume. La correction y est plus forte, pour deux raisons : les postes en cause y pèsent davantage que dans le PIB, et il n’y a pas lieu d’en retirer le contenu importé, puisqu’un téléviseur importé est consommé comme un téléviseur produit sur place (tableau 8).

Tableau 8. Croissance annuelle moyenne de la consommation des ménages par habitant en volume, 1995-2025, publiée et à méthodes comparables, en %, et écarts en point. Source : Eurostat (nama_10_gdp, nama_10_pe, nama_10_co3_p3, prc_hicp_aind), calculs de l’auteur.
France Allemagne Italie Écart France - Allemagne Écart France - Italie
Publiée 1,03 1,00 0,54 +0,03 +0,49
Biens échangés à prix relatif commun 0,98 1,02 0,56 −0,04 +0,42
Méthodes comparables 0,95 1,00 0,68 −0,06 +0,27
… avec les prix relatifs français 1,00 1,06 0,72 −0,06 +0,28
… avec les prix relatifs allemands 0,93 0,98 0,66 −0,05 +0,27
… avec les prix relatifs italiens 0,92 0,97 0,65 −0,06 +0,27

Selon les comptes publiés, la consommation par habitant a crû de 1,03 % par an en France, 1,00 % en Allemagne et 0,54 % en Italie. À méthodes comparables, ces rythmes deviennent 0,95 %, 1,00 % et 0,68 % : l’écart entre la France et l’Italie passe de 0,49 à 0,27 point par an, et la France passe derrière l’Allemagne. En niveau, la consommation française par habitant de 2025 serait à 132,7 au lieu de 136,1 (base 100 en 1995).

Ce résultat rejoint ceux du rapport Effet qualité et mesure de l’inflation, par une autre voie. Pour les biens échangés, il ne porte que sur les écarts entre pays : si les trois instituts surestimaient de la même façon les effets qualité, la comparaison n’en dirait rien.

8 Ce que cela ne prouve pas

Un prix relatif commun n’est pas un prix juste. Pour les biens échangés, le calcul fait comme si tout écart durable de prix relatif tenait aux méthodes. Une part peut tenir aux produits achetés : à l’intérieur d’un poste comme « audiovisuel, photo, informatique », la composition des achats n’est pas la même dans les trois pays, et les comptes par fonction ne distinguent qu’une quarantaine de postes.

La comparaison dans l’absolu n’est qu’un minimum. Déflater les télécommunications et les loyers par l’IPCH du même pays mesure ce que les comptes ajoutent à l’indice des prix, pas les défauts de l’indice lui-même. L’IPCH français des communications intègre, comme les autres, les remplacements traités par recouvrement ; l’indice français des loyers sous-estime la hausse des loyers (Geerolf 2026c).

Le contenu importé est une hypothèse. On l’a fixé par grands groupes, faute de tableaux entrées-sorties exploités ici. Sans cette déduction, la correction du PIB serait un peu plus forte pour la France (voir l’annexe), sans que les conclusions changent.

Les dernières années sont prolongées. Les comptes par fonction s’arrêtent en 2022 pour la France et l’Allemagne. Les corrections ultérieures reprennent leur moyenne des dernières années disponibles.

Tout n’est pas couvert. Le calcul laisse de côté les logiciels, les services non marchands, dont le volume est mesuré par les coûts ou par des indicateurs d’activité selon les pays, la construction, et les services aux entreprises, où Giraud et Quévat relevaient une baisse de la productivité italienne de 2,4 % par an sans pouvoir l’attribuer à une différence de mesure. Il ne dit rien non plus de l’économie non observée, que les trois pays n’estiment pas de la même manière.

9 Conclusion

Sur trente ans, les différences de partage volume-prix ne renversent aucune hiérarchie. L’Italie a bien décroché, l’Allemagne a bien crû plus vite que la France. Mais elles déplacent les écarts de façon non négligeable : environ 0,1 point par an entre la France et l’Italie, soit plus d’un quart de l’écart de PIB par habitant, et près de la moitié de l’écart de consommation par habitant. Face à l’Allemagne, l’écart se creuse, surtout depuis 2007.

Ces résultats tiennent à une distinction simple. Sur les biens échangés, on peut comparer les pays entre eux ; sur les services non échangés, dont les prix dépendent de la demande intérieure, un écart entre pays est d’abord économique, et la méthode se juge dans l’absolu. C’est là que se trouvent les deux conventions les plus lourdes : le déflateur des loyers italiens, et la mesure des télécommunications françaises par les minutes et les messages échangés, qui a ajouté à elle seule environ 1 % au PIB français en volume depuis 1995, dont 0,2 % en deux ans au moment de l’arrivée d’un quatrième opérateur mobile.

L’Insee avait montré la voie en 2017 face à l’Italie. Trois prolongements sont à la portée des instituts statistiques, et hors de portée d’un utilisateur.

  1. Refaire et publier régulièrement l’exercice de 2017, pour les principaux partenaires, en distinguant biens échangés et services non échangés, avec la connaissance des méthodes de chaque poste que seuls les comptables nationaux possèdent.
  2. Documenter, poste par poste, les méthodes de partage volume-prix des comptes nationaux, et pas seulement des indices de prix à la consommation : les télécommunications et les loyers montrent que les deux peuvent diverger.
  3. Accompagner les comparaisons internationales de croissance d’une fourchette tenant compte des écarts de méthode, quand elles servent, comme dans la vidéo sur l’Allemagne, à établir qu’un pays a fait mieux qu’un autre.

Bibliographie

Ahmad, Nadim, Jennifer Ribarsky, et Marshall Reinsdorf. 2017. « Can Potential Mismeasurement of the Digital Economy Explain the Post-Crisis Slowdown in GDP and Productivity Growth? » OECD Statistics Working Papers 2017/09. OCDE. https://doi.org/10.1787/a8e751b7-en.
Direction générale du Trésor. 2025. « Flash Conjoncture Pays avancés - Italie : un rattrapage du PIB par habitant avec la France dopé par le Superbonus ». https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/2025/06/06/flash-conjoncture-pays-avances-italie-un-rattrapage-du-pib-par-habitant-avec-la-france-dope-par-le-superbonus.
Geerolf, François. 2018. « The Phillips Curve: a Relation between Real Exchange Rate Growth and Unemployment ». UCLA Working Paper. https://fgeerolf.com/phillips.pdf.
Geerolf, François. 2021. « La courbe de Phillips n’est pas celle que vous croyez ». La lettre du CEPII, nᵒ 417 (avril). https://hal.science/hal-05235044.
Geerolf, François. 2026a. « France-Allemagne : une croissance égale, des méthodes qui ne le sont pas ». https://fgeerolf.com/france-allemagne.html.
Geerolf, François. 2026b. « L’harmonisation européenne de la mesure de l’inflation : un chantier inachevé ». In L’économie européenne 2027, édité par OFCE, 111‑23. Repères. Paris: La Découverte.
Geerolf, François. 2026c. « Pourquoi l’indice des loyers d’habitation (ILH) de l’Insee sous-estime la hausse des loyers ». https://fgeerolf.com/indice-des-loyers-habitation.html.
Giraud, Charles-Julien, et Benjamin Quévat. 2017. « Dossier: Pourquoi la croissance de l’Italie a-t-elle décroché depuis 2000 comparée à la France ? » In Note de conjoncture de l’Insee, Juin 2017. https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/2871885/062017_d2.pdf.
Insee. 2022. « L’inflation, épisode 3 : l’effet « qualité » & 50 ans d’inflation ». Vidéo, série « Retour aux sources avec l’Insee », réalisée avec Datagora, 2 mai 2022. https://www.youtube.com/watch?v=a0S9v74jaGI.

Annexe : données et méthode

Tous les calculs partent de tables publiques d’Eurostat : nama_10_gdp (PIB en volume chaîné, en valeur et en standards de pouvoir d’achat ; consommation des ménages), nama_10_pe (population), nama_10_co3_p3 (consommation des ménages par fonction, en valeur et déflateurs, jusqu’en 2022 pour la France et l’Allemagne, 2023 pour l’Italie) nama_10_a64_p5 (formation brute de capital fixe par actif, ensemble des branches, jusqu’en 2025) et prc_hicp_aind (IPCH annuel des communications et des loyers). Le script est 6_france_allemagne_italie.py, dans le dossier effet-qualite/simulation.

Prix relatif. Pour un poste \(i\) du pays \(c\) l’année \(t\), le prix relatif est \(\rho_{c,i,t} = \Delta \ln P_{c,i,t} - \sum_{j \in T} \omega_{c,j,t-1}\, \Delta \ln P_{c,j,t}\), où \(T\) est le panier témoin (les postes de la consommation qui ne sont pas en cause, ou, pour l’investissement, les logements, autres bâtiments, matériels de transport, autres machines, ressources biologiques et recherche-développement) et \(\omega\) les parts en valeur de l’année précédente au sein de ce panier.

Correction. Avec \(\bar\rho_{i,t}\) le prix relatif de référence (moyenne simple des trois pays, ou celui d’un pays), la correction de la croissance du PIB en volume est \[\Delta g_{c,t} = -\sum_{i} s_{c,i,t-1}\,\left(\bar\rho_{i,t} - \rho_{c,i,t}\right) \times \frac{A_{c,t-1}}{Y_{c,t-1}} \times (1 - m_i),\] où \(s\) est la part du poste dans son agrégat (consommation des ménages ou investissement), \(A/Y\) le poids de l’agrégat dans le PIB en valeur, et \(m_i\) le contenu importé retenu. Pour la consommation par habitant, on applique la correction du déflateur de la consommation, sans facteur \(A/Y\) ni \((1-m_i)\).

Méthodes comparables. Les corrections ci-dessus ne sont retenues que pour les biens échangés (biens à renouvellement rapide, véhicules, équipements TIC). Pour les télécommunications (division 08) et les loyers (réels et imputés), on remplace la variation du déflateur des comptes par celle de l’IPCH du même pays (loyers effectifs pour les loyers), pondérée par la part du poste dans la consommation et par celle de la consommation dans le PIB. Les deux corrections s’additionnent. Les logiciels ne sont pas corrigés. Résultats : 6_comparable_synthese.csv et 6_comparable_series.csv ; les variantes antérieures, qui harmonisaient aussi les loyers et les télécommunications entre pays, restent dans 6_synthese_croissance.csv.

Contenu importé. Biens à renouvellement rapide et véhicules : 50 % ; équipements TIC : 70 % ; services de télécommunication et loyers : 0. Ces valeurs sont des ordres de grandeur, qui tiennent compte de ce que les marges de commerce et de transport, produites sur le territoire, représentent une part importante du prix d’achat des biens importés. La variante sans déduction est dans les résultats (6_synthese_croissance.csv, colonnes _brut).

Comparaison avec Giraud et Quévat. Pour le tableau 2, la référence est la France et le pays corrigé l’Italie ; « prix bruts » signifie que l’on remplace \(\Delta \ln P_{IT,i,t}\) par \(\Delta \ln P_{FR,i,t}\) au lieu du seul prix relatif. Les biens comprennent les biens à renouvellement rapide et les véhicules, les services les télécommunications et les loyers.