Effet qualité et mesure de l’inflation: comparaisons internationales
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Réumé: L’ampleur des ajustements qualité dans la mesure de l’inflation varie fortement selon les pays, notamment dans le traitement des biens à renouvellement fréquent (biens technologiques mais également habillement, ameublement, etc.) et des loyers, ce qui affecte directement le niveau mesuré de l’inflation. La France recourt de manière extensive à certaines méthodes (comme le bridged overlap), au-delà des « bonnes pratiques » recommandées par Eurostat et dans les manuels internationaux, ce qui conduit à une inflation mesurée plus faible que chez ses voisins. Ces choix méthodologiques, loin d’être neutres, influencent la mesure de l’inflation, les comparaisons internationales et européennes (y compris sur les indices “harmonisés”) et le diagnostic sur le pouvoir d’achat et la croissance du PIB.
La mesure officielle de l’inflation est fréquemment remise en cause en France pour son décalage avec le ressenti des ménages. Ceux-ci font état d’un pouvoir d’achat en baisse, voire stagnant, dans la période récente, et depuis la crise financière de 2008, tandis que les mesures dites “objectives” montrent au contraire une hausse substantielle. Dans ce débat revient très fréquemment la question de l’effet qualité, et notamment l’idée que les ménages ne se rendraient pas compte de la hausse de leur niveau de vie due aux effets qualité par la faute de « biais cognitifs ». (Tavernier 2024) Ceci participerait à expliquer le décalage entre une mesure statistique qualifiée d’“objective” et un “ressenti”. En revanche, on ne cesse de répéter en France que l’effet qualité suit les recommandations internationales, et que les critiques sur sa prise en compte portent donc sur l’ensemble
Sans esprit de polémique, on démontre dans ce document de travail que la prise en compte des “effets qualité” est plus importante en France en comparaison internationale, et qu’elle n’est pas conforme aux préconisations internationales ou européennes sur les indices de prix. De manière générale, l’harmonisation internationale sur ce sujet est très imparfaite.
La question n’est pas de remettre en cause l’existence d’effet qualité, comme l’avait répondu fort justement Jean-Luc Tavernier en réponse à certaines remises en cause très excessives (par exemple Herlin (2018)): les biens plus qualitatifs contribuent sans doute possible à la baisse de l’inflation, et à la croissance. Il est tout à fait logique que la croissance soit qualitative autant que quantitative. En revanche, la question est celle de l’ampleur des ajustements, une question aussi vieille que la mesure de l’inflation. C’est également une question au sujet de laquelle les progrès récents ont hélas été modérés.
En la matière, les recommandations internationales et européennes encadrent très fortement la production des indices de prix, notamment pour permettre la comparabilité internationale des indicateurs de croissance. Ceux-ci encouragent par exemple l’utilisation d’ajustements explicites de la qualité, plutôt que les méthodes implicites. Dans de nombreux cas, les méthodes implicites amènent à une estimation de la qualité biaisée à la hausse (donc à une inflation biaisée à la baisse), même si ce n’est pas toujours le cas.
En la matière, il nous parait prématuré de se référer aux « biais cognitifs » pour expliquer la différence entre ressenti et mesure, alors même qu’il existe des sources de biais non corrigées aujourd’hui par la statistique publique.
Par rapport à des travaux précédents, et notamment l’article « Mesurer le pouvoir d’achat » Geerolf (2024b), on développe ici uniquement les questions entourant la mesure de l’effet qualité.
Dans un Billet de blog récent publié en juin 2025, l’Insee répondait à l’article « Mesurer le pouvoir d’achat » Geerolf (2024b) (en citant ce papier dans le corps du texte mais pas dans la bibliographie !), en admettant que des différences sur les services de communication avaient pu exister par le passé, mais qu’elles avaient aujourd’hui disparu, et qu’elles ne pouvaient donc expliquer la divergence récente entre mesure du pouvoir d’achat et ressenti (Hauseux et Houriez 2025). On montre ici que malheureusement, les biais sur l’effet qualité peuvent toujours exister sur d’autres postes, eu égard aux méthodes utilisées: l’habillement, l’ameublement, les automobiles, la mesure des loyers. En réalité, tous les postes étant potentiellement concernés par la méthode de remplacement en différent, tous les postes sont potentiellement affectés…
De même, Jean-Luc Tavernier illustre la différence entre mesure statistique dite « objective » et « ressenti » des ménages à partir de biais cognitifs, et prend en exemple les téléphones portables / terminaux mobiles. Cet exemple est très parlant, car la différence entre
L’effet qualité
Bien sûr l’effet qualité existe, contrairement à ce qu’avance par exemple Herlin (2018)
Les méthodes d’ajustement qualité
On présente ici succintement les différentes méthodes d’ajustement qualité. POur une vision exhaustive de la question, on se référera au manuel international de 2004, et au manuel de 2020. Pour un résumé moins technique on pourra lire Jany-Catrice (2019a). Une des difficultés est qu’il n’y a pas d’harmonisation sur les termes utilisés.
Voir Lequiller (1997) pour un traitement plus ancien dans le contexte français.
Voir Moulton et Moses (1997) dans le contexte américain.
L’ajustement qualité est indissociable de celle du nouvellement des produits…
Effet qualité et renouvellement des produits
L’effet qualité est en effet indissociable de la question du renouvellement des produits. Le turnover des produits est en effet incessant, et il est alors nécessaire de procéder à ce qu’on appelle un ajustement de qualité.
Remplacements infra-annuels vs. en début d’année
La plupart des remplacements ont lieu entre deux années. Ainsi, les estimations (relativement basses) des effets qualité dans l’indice des prix, de l’ordre de 0.2-0.3 point par an (Guédès 2004), s’appliquent uniquement aux remplacements infra-annuels dans les indices de prix.
Il y a un chainage: pour le mois de hjanvier, au moment du remplacement. En décembre: l’ancien panier est observé pour calculer l’inflation de décembre, et les prix du nouveau panier sont également relevés afin de préparer le calcul de l’inflation de janvier.
La plupart des remplacements ont lieu à ce moment là: le panier est renouvelé autant que possible. Implicitement on pratique à ce moment là le chainage…
Le cadre réglementaire et juridique
Les recommandations internationales
@
La production des indices des prix à la consommation est très réglementée. En particulier sur la question de la mesure des effets qualité
Manuel OIT, 2004: ILO (2004)
Manuel FMI, 2020: IMF (2020)
Le traitement de l’effet qualité et du
Tavernier: “Dans la production de l’indice des prix comme dans ses autres productions statistiques, l’Insee se conforme aux règles internationales, ce qui permet d’assurer la comparabilité entre pays. Je n’ai pas vu que vous contestiez la conformité de la mise en oeuvre de ces pratiques par l’Insee, vos critiques portent donc sur les méthodes et pratiques de tous les instituts statistiques de par le monde.”
Les recommandations européennes
La création des IPCH a été l’occasion d’un travail d’harmonisation tout à fait considérable de la part des instituts statistiques. Il est d’ailleurs intéressant de noter que les instituts statistiques doivent depuis composer avec la coexistence de 2 indices a priori aussi légitimes l’un que l’autre pour mesurer l’inflation dans le pays.
Buchwald et Saglio (1994)
Peut-être paradoxalement, la croissance du PIB réelle est moins harmonisée que celle des HICP, utilisée pour la politique monétaire… Eurostat (2016)
La méthode par recouvrement est permise par le manuel méthodologique comme indiqué par l’Insee (voir par exemple Cnis (2025)), et son utilisation pour certains produits n’est pas spécifique à la France, mais son utilisation est explicitement encadrée, notamment par une recommandation citée notamment sur un Blog de l’Insee (Daubaire 2023). Là où la France se distingue d’autres instituts statistiques européens, c’est bien par son utilisation systématique de la méthode par bridged overlap (ou par overlap) dans le cas d’un remplacement dit en différent. Comme l’indique Aurélien Daubaire:
Concernant l’effet qualité, je nuance la question de la méthode par recouvrement qui n’est pas spécifique à la France. D’autres instituts statistiques européens utilisent des méthodes hédoniques, mais celles-ci posent également des questions sur les caractéristiques à utiliser. Nous pensons que ces effets sont relativement limités sur l’analyse globale, mais peuvent être significatifs sur certains produits spécifiques.
Il parait difficile de comprendre comment ce qui a un effet systématique sur certains produits spécifiques peut avoir un effet “relativement limité” sur l’analyse globale (et par ailleurs, comment définir un effet relativement limité ?)
- Manuel sur les indices de prix / qualité: dont ne fait pas partie la France… CENEX QUality Adjustment Handbook: Destatis (2009)
Par ailleurs, les indices doivent être comparables à tous les niveaux a priori, y compris dans les niveaux fins. On a appris lors du comité des utilisateurs qu’Eurostat avait interrogé l’Insee quant aux tendances sur les biens technologiques. Malheureusement, cet exemple montre que les réserves méthodologiques apportées par Eurostat lors des visites de conformité n’apparaissent pas nécessairement dans le rapport final. Ceci rend les rapports de visites de conformité peut être moins informatifs qu’on ne pourrait le croire de prime abord.
Principes généraux
Préférer les méthodes explicites aux méthodes implicites (même si plus coûteuses !)
Attention à la méthode par bridge overlap (recouvrement). Notons que la méthode par recouvrement n’est pas proscrite par les manuels européens, mais en revanche que son utilisation est fortement encadrée. Elle est par ailleurs explicitement déconseillée dans certains cas particuliers.
Quelques cas particuliers
Il existe autant de méthodes d’ajustement qualité idoine que de cas. Chaque produit appelle en effet des traitements particuliers, comme l’expliquent les manuels internationaux en la matière.
Les produits technologiques
Le cas le plus connu, et déjà mentionné précédemment est celui des biens technologiques, comme les services de communication et de télécommunication. (Geerolf 2024b)
On citait en particulier Aeberhardt et al. (2020), Aeberhardt et Bidault (2018) ; Abdirahman et al. (2022).
Dans Aeberhardt et al. (2020) il était indiqué par exemple que la France utilisait des méthodes hédoniques pour quelques biens durables… Cependant, nous avons appris lors du comité des utilisateurs que cela n’était plus le cas, notamment parce que la méthode hédonique était rejetée lorsqu’elle s’écartait de manière trop importante de la méthode par bridge overlap. Ceci, encore une fois, ne parait pas conforme aux recommandations européennes sur les indices de prix, et notamment celle qui concerne l’utilisation de la méthode par bridge overlap: lorsque bridge overlap amène à des résultats trop différents d’évaluation explicite de la qualité, c’est la méthode par bridge overlap qui doit être a priori écartée, et non l’inverse…
Ce biais est certes devenu moins important récemment, comme indiqué par Hauseux et Houriez (2025). Cependant il est loin d’être le seul…
Historiquement, la méthode hédonique a pu d’ailleurs amplifier les baisses de prix. Ainsi, les nouveaux modèles étaient à la fois plus qualitatifs et moins chers relativement: c’est de cette manière qu’ils gagnaient des parts de marché… Cependant, dans un contexte de ralentissement des gains de qualité, c’est à l’inverse qu’on assiste.
Sans qu’il s’agisse d’une preuve définitive, il est notable que les indices de prix des matériels de télécommunications varient beaucoup selon les pays européens.
Les services de télécommunication
Ce problème a d’ailleurs été identifié comme un point d’amélioration nécessaire
Magnien (2003): prendre le prix minimal pour un profil.
“La complexité et la fragilité du modèle avec frictions ainsi que son absence de robustesse vis-à-vis de la valeur retenue du coefficient de mobilité inclinent, ce qui a été fait, à retenir le modèle sans frictions dans la cadre de la production courante - mensuelle - de l’indice des prix à la consommation. Le champ de l’IPC est donc élargi, depuis janvier 2003 aux services de téléphonie mobile. Outre sa clarté, sa relative simplicité et sa neutralité par rapport à l’évolution de la rationalité des comportements, l’approche sans frictions permet d’intégrer malgré tout, mais d’une autre façon, une dose de mobilité : si, à l’intérieur des profils, les ajustements sont instantanés, au contraire les mouvements entre les profils sont exclus, avec cependant une procédure de chaînage, caractéristique de l’IPC français, permettant d’ajuster les pondération des profils. La segmentation plus ou moins poussée des consommateurs en profils permet donc de moduler la prise en compte de leur mobilité entre produits.”
Aeberhardt et al. (2020):
“Une seconde difficulté pour utiliser cette méthode à usage constant tient à la modélisation simplifiée du comportement du consommateur : dans le cas de l’IPC français, on fait l’hypothèse que celui‑ci connaît les différentes offres des opérateurs et ajuste en permanence son forfait de manière à minimiser sa dépense. Dans les faits, il existe un certain nombre de frictions (coûts de recherche mais aussi coûts liés aux engagements) qu’il est difficile de modéliser sans complexifier outre mesure l’estimation de l’indice des services de communication. En pratique, l’hypothèse retenue est que le consommateur n’ajuste son forfait qu’au sein des offres d’un même opérateur, en négligeant ainsi la mobilité entre opérateurs, ce qui revient à traiter chaque opérateur comme proposant un produit différent.
Là encore, cette approche semble contraire aux manuels méthodologiques.
L0 encore il y a une recommandation: utiliser des taux de migration réalistes
https://ec.europa.eu/eurostat/documents/272892/7048317/HICP+recommendation+on+telecoms+-+June+2015
“vaguely right rather than precisely wrong”
Logique de l’usage:
En même temps, il faut bien avouer que les nouveaux abonnements remplacent des collections de CDs, DVDs, de manière a priori moins coûteuse. Ceci n’est pas pris en compte, mais c’est le cas dans aucun pays…
L’habillement
A ma connaissance, la France n’a jamais utilisé les méthodes hédoniques pour les vêtements… Ceci est étonnant, car ce problème est identifié depuis très longtemps: c’est à la fois cité dans les manuels FMI (2004, 2020) ainsi que dans les manuels Eurostat (2018, 2024).
La production des indices de prix est fortement encadrée au niveau international…
Les voitures
Poids des voiture est important dans l’indice des prix…
Exemple historiquement important:
- Voir La discussion au groupe d’Ottawa
Les biens ménagers, l’ameublement
Lave-linge, ameublement. Ceci est évoqué dans le rapport Giraud et Quévat (2017)…
Lave vaisselle dans Lequiller: au-delà du calcul sur les micro-ordina- teurs], cette voie continue d’être explorée et une méthode économétrique d’estimation des effets qualité sera bientôt opérationnelle pour certains autres biens durables (lave-vaisselle notamment).
Dans le rapport Giraud et Quévat (2017) il est pas mal question des lave-vaisselle…
Les loyers
Geerolf (2022)
Moulton (2001): downward bias in CPI
Effet qualité estimé par résidu. Par ailleurs, il est intéressant que les Comptes du logement sont systématiquement révisés, pour prendre en compte les résultats de l’enquête Loyers et Charges…
Renouvellement des logements: contraintes environnementales.
La santé
La sous-estimation de l’inflation dans le secteur de la santé en France trouve d’abord son origine dans une spécificité du champ de l’indice des prix à la consommation français (IPC). Contrairement aux recommandations internationales sur les indices de prix, qui privilégient une mesure fondée sur les dépenses directement supportées par les ménages (comme dans l’IPCH), l’indice IPC français inclut les dépenses de santé remboursées par la Sécurité sociale (voir Geerolf (2024a)). Ce choix élargit considérablement le poids d’un secteur caractérisé par des prix administrés et négociés, plutôt que déterminés par des mécanismes concurrentiels. En conséquence, l’indice agrégé incorpore des dynamiques de prix qui obéissent à des logiques institutionnelles spécifiques, distinctes de celles des biens et services ordinaires, ce qui fragilise encore davantage que pour les autres postes l’interprétation de l’inflation comme mesure du coût de la vie pour les ménages.
Dans ce cadre, la régulation des prix des médicaments induit des comportements stratégiques de la part des industriels. L’impossibilité d’augmenter les prix des produits existants les incite à concentrer les hausses tarifaires sur de nouvelles générations de médicaments, introduites comme qualitativement supérieures. Si ces innovations s’accompagnent effectivement d’améliorations thérapeutiques, celles-ci sont souvent d’ampleur limitée au regard des augmentations de prix observées. Les résultats de Jacobzone et al. (1997) confirment empiriquement ce mécanisme : leur estimation hédonique montre que, si une part importante de la variance des prix peut être expliquée par les caractéristiques physico-chimiques et pharmacologiques des produits, les indices de prix ajustés de la qualité croissent néanmoins plus rapidement que les indices statistiques officiels, d’environ 20 %. Autrement dit, même après correction pour la qualité, la dynamique des prix reste élevée, ce qui suggère que les écarts observés ne se réduisent pas à des améliorations objectives, mais intègrent aussi des effets de structure de marché et de stratégies de renouvellement des produits.
C’est précisément dans ce contexte que les méthodes d’ajustement de la qualité, telles que le bridge overlap, introduisent un biais systématique dans la mesure de l’inflation. En attribuant mécaniquement les différences de prix observées lors du remplacement d’un produit par un autre à des variations de qualité, ces méthodes tendent à neutraliser la composante inflationniste des hausses de prix. Ainsi, une partie de l’inflation est requalifiée en amélioration qualitative et disparaît des indices. Ce biais ne relève pas d’une simple imperfection statistique, mais de l’interaction entre conventions de mesure et propriétés institutionnelles du secteur considéré. Il en résulte une forme d’« inflation cachée », ou d’« inflation masquée » (Lequiller 1997) d’autant plus significative dans le cas français que l’inclusion des dépenses de santé remboursées donne un poids élevé à un domaine où les conditions de validité des méthodes d’ajustement de la qualité sont structurellement mises en défaut. Pour citer à nouveau Insee (1998) « Dans le cas d’un médicament vraiment nouveau, qui ne peut être comparé à aucun autre médicament de l’année précédente, l’indice de prix ne peut pas prendre en compte le prix au moment de son apparition. Il ne peut prendre que l’évolution du prix dans la période qui suit son apparition. En l’absence d’études plus approfondies, l’indice actuel a d’autres limites. En effet, l’indice ne mesure que les variations de prix d’un échantillon constant de médicaments ou plutôt de présentations au cours d’une année. Si on imagine que les variations de prix des médicaments (ou des présentations) interviennent en partie au moment de l’apparition d’une nouvelle version d’un produit existant, alors l’indice ne les prend pas vraiment en compte. En d’autres termes, il considère implicitement que la totalité de la différence de prix entre une nouvelle présentation et une ancienne présentation est entièrement attribuable à la différence de qualité entre les deu› présentations. »
Ce problème d’estimation de l’effet qualité en santé ne se limite toutefois pas à l’IPC français et se retrouve également, par voie de conséquence, dans l’IPCH, pourtant conforme aux recommandations internationales en matière de champ. En effet, dans le cas des biens de santé - notamment les appareils et matériels thérapeutiques (optique, prothèses auditives, etc.) - l’ajustement de la qualité est réalisé, en pratique, à partir des données de prix bruts collectées pour l’IPC. Or l’IPCH repose, lui, sur des prix nets, c’est-à-dire après remboursement. Il en résulte une dissociation entre la base empirique de l’estimation de l’effet qualité (prix bruts) et l’agrégat auquel cet ajustement est appliqué (prix nets), ce qui introduit une difficulté conceptuelle discutée notamment dans Barret et al. (2003). Deux choix méthodologiques sont en effet possibles : soit le produit est défini par ses caractéristiques physiques, identiques en prix brut et en prix net, soit il est défini comme une fraction du prix brut. L’approche retenue dans l’IPCH consiste à considérer que le bien est physiquement le même en brut et en net, et que les ajustements de qualité estimés sur les prix bruts peuvent être transposés tels quels aux prix nets. Mais cette convention revient à supposer que la structure de financement n’affecte pas la mesure de son évolution qualitative. Cette hypothèse est discutable pour les raisons expliquées précédemment.
Les données de caisse dans l’alimentation
Leclair et al. (2019)
Comme l’indique très justement Jany-Catrice (2019b) le problème dans l’utilisation de plus en plus fréquente des données de caisse, c’est que les descripteurs des produits sont aussi les prescripteurs. En faisant apparaitre un nouveau produit de manière concommittante à une hausse de prix, ne voit-on pas un phénomène d’inflation masquée, comme dans le cas des médicaments remboursés ?
AVantages des données de caisse: pas besoin d’imputation dans le cas des nouveaux produits, puisque toutes les variétés sont observées…
Les micro-données ne sont pas disponibles pour les chercheurs. Dans ce contexte, il serait très utile d’avoir une mise à jour de l’estimation faite en 2019 sur l’effet des données de caisse dans un contexte inflationniste. Ceci est d’autant plus vrai qu’une partie seulement des biens de l’alimentation sont passés aux données de caisse…
La question de la substitution entre les
Par ailleurs, il a été décidé de comparer non pas au dernier mois, mais au moins précédent, justement pour ne pas être sujet au biais précédemment cité. Mais pourquoi 2 mois ? Est-ce que c’est le cas dans d’autres cas ?
Révisions successives…
D’autres exemples: masques, romans, etc.
Quels ordres de grandeur ?
Donner les poids des différents postes, et des estimations “guesstimate” des effets.
Boskin, missing growth…
Historiquement, part de la littérature économique s’est également attachée à démontrer les biais de surestimation de l’inflation, et de sous-estimation de la qualité.
Le rapport Boskin (1996) avait d’ailleurs un but politique assumé, celui de réduire la mesure de l’inflation afin de limiter la hausse des prestations sociales. Greg Mankiw (1996), économiste pourtantr réputé plutôt proche du parti républicain ne disait pas autre chose: « Le débat sur l’IPC n’était, en réalité, qu’un débat politique portant sur la manière et de combien réduire le pouvoir d’achat des prestations sociales ».
On notera d’ailleurs qu’un certain nombre de recommandations du rapport Boskin étaient déjà mises en oeuvre en France, et que l’indice français Il a d’ailleurs été accueilli plutôt froidement par les experts de l’Insee, comme en témoigne l’article écrit par le chef de division de l’indice des prix à l’époque. (Lequiller 1997)
Des débats stériles ?
La question de la mesure objective des effets qualité peut donner
Il existe en effet de nombreux services gratuits qui ne sont pas pris en compte dans l’indice des prix. Toutefois, cet argument peut difficilement être mobilisé par l’institut statistique pour défendre ses choix. Si biais il y a, alors il faut tenter de les prendre en compte en tant que tel, et non en les compensant par d’autres. (la méthode par recouvrement)
L’importance de la comparabilité
Dans ce contexte, ce qu’on peut demander c’est une erreur minimale.
Biens technologiques
Triplett (2004)
Croissance schumpétérienne
Aghion et al. (2019)
Acroissement de la quantité de biens.
La réglementation, la transition écologique
Ceci risque de renforcer la divergence à l’avenir… De plus en plus d’arbitraire, qui pousserait au contraire pour un renforcement de l’harmonisation statistique, en parallèle des efforts de décarbonation à l’échelle du continent.
L’exemple des voitures
Méthode par recouvrement considère que l’intégralité de la différence de prix correspond à une différence de qualité.
Mais certaines améliorations techniques sont contraintes: elles sont de a qualité, mais combien ? Par exemple les normes sécurité sur les voitures, ou les normes anti-pollution.
Au moment du pot catalytique. Cf manuel 1998 &
Des exemples anciens
Par exemple, les pots catalytiques. Comptés alors à la moitié de la valeur.
Problème que nous avions évoqué dans le rapport thématique Inflation du rapport Pisani Ferry (Dees et al. 2023). Cependant, contrairement à ce qui était indiqué dans le rapport principal, il n’est pas clair que cette prise en compte soit commandée par les réglementations internationales et européennes. Et de fait, tous les pays ne font pas de la sorte: il n’y a pas d’harmonisation européenne au sujet de la prise en compte de la transition écologique dans les indices de prix…
Transition écologique et réglementation
Une transparence et une communication perfectibles
Cette culture du secret se comprend en tant qu’héritage de la politique de l’indice. (Touchelay 2014) Néanmoins, aujourd’hui elle parait davantage anachronique, et en décalage avec ce qu’on observe ailleurs dans le monde…
Quelle valeur des résultats sans les méthodes ? On ne peut interpréter les résultats en termes d’inflation que si on connait les méthodes… En effet, il est difficile d’interpréter les statistiques de prix, et encore davantage de le comparer entre pays, si les métadonnées ne sont pas disponibles pour les utilisateurs.
Manuel méthodologique n’a pas été remis à jour depuis 1998, c’est une demande très ancienne des utilisateurs. Aujourd’hui les informations sont parcellaires et dispersées dans des note de conjoncture, des publications de la collection Economie et Statistiques (qui officiellement n’engagent pas l’Insee…)
Méthode hédonique ou non ?
Les informations à ce sujet sont contradictoires. Dans le compte-rendu du CNIS en 2019, l’Insee disait vouloir utiliser les méthodes hédoniques. Lors du comité des utilisateurs de l’indice des prix, il nous a été indiqués que les méthodes hédoniques étaient utilisées il y a quelques années pour quelques années pour quelques variétés: téléviseurs, ordinateurs, lave-linge, lave-vaisselle, romans. Cependant, il a aussi été indiqué que dès que la méthode s’écartait de la méthode d’imputation par recouvrement, la méthode implicite était privilégiée” (voir Insee (2025)). Encore une fois, ceci est difficilement explicable à la lecture des manuels internationaux sur les indices de prix, qui recommandent de privilégier les méthodes explicites, plutôt que les méthodes par recouvrement…
Comparaisons internationales
Bureau of Labor Statistics, US: transparence
Statistics Canada: https://www150.statcan.gc.ca/n1/en/pub/62-553-x/62-553-x2023001-eng.pdf?st=QdjU9G0W
Effets mimisés par Guédès (2004).
Effets des différences minimmisés par @ mais l’effet mesurer était sur l’insuffisante prise en compte de la croissance apportée par les produits technologiques. La différence était donc double: d’une part sur le champ de l’étude, et d’autre part sur la neutralisation des biens importés, pour lesquels les effets qualité sont plus importants.
Par exemple, le BLS se caractérise par une transparence supérieure.
De même, les métadonnées sont davantage renseignées pour d’autres pays que pour la France.
Au sujet de l’utilisation des méthodes hédoniques
Quelques pistes possibles
On pourrait imaginer la part des remplacements en différent par catégorie.
Les utilisateurs de l’indice des prix ont exprimé cette volonté de transparence lors du dernier comité de mars 2025. (Insee 2025)
De même, on pourrait documenter la prise en compte des effets qualité pour les “tarifs”. Par exemple, le tarif du pass Navigo est Ile de France est passé de… Dans le même temps, le nombre de lignes va augmenter avec l’arrivée du Grand Paris et les nouvelles lignes mises en service. Comment le partage volume / prix sera-t-il fait ? Ces informations seraient utiles pour interpréter les résultats…
On pourrait imaginer aussi une transparence limitée aux chercheurs ou aux “utilisateurs avertis”, dans l’esprit du rapport Lenoir-Prot en 1979. Celui-ci préconisait en effet de mettre à disposition d’autres centres de recherche
Conclusion
Perception et ressenti: Cnis (2006) ; Accardo et al. (2007) ; Moati et Rochefort (2008) ; Quinet (2008) Généalement: qualité technique non en cause.
La France se distingue par l’utilisation quasi-exclusive de la méthode par recouvrement « en différent ». Les biais induits par cette méthode sont connus. On pourrait songer à diversifier les méthodes
« Biais cognitifs » ou problèmes de mesure de l’inflation ?
Ceci ne veut pas dire qu’il n’existe pas également des facteurs de surestimation, mais ceux-ci ne sont pris en compte nulle part, en partie pour de bonnes raisons.
Bibliographie
Annexe : Autres données