| Année | Assurances | Services financiers | Pré-engagées (% RDB) | Hors services financiers (% RDB) |
|---|---|---|---|---|
| 2020 | 31,8 | 12,8 | 29,9 | 29,1 |
| 2021 | 33,1 | 12,9 | 29,8 | 29,0 |
| 2022 | 34,3 | 16,2 | 29,5 | 28,5 |
| 2023 | 36,4 | 47,0 | 30,2 | 27,6 |
| 2024 | 38,0 | 47,0 | 30,1 | 27,6 |
| 2025 | 40,9 | 41,6 | 30,3 | 28,1 |
Audition au Conseil économique, social et environnemental
IFE-OFCE
21 octobre 2026
Saisine : « Dépenses contraintes, une inflation à bas bruit qui obère le moral des Françaises et des Français » ; avis examiné le 9 décembre 2026 (CESE 2026).
La question : quelle part de leur revenu les ménages peuvent-ils réellement choisir d’utiliser ?
La réponse de référence, celle de l’Insee (Insee 2026b) :
30,3 % du revenu disponible en 2025, contre 13,5 % en 1960.
Ces indicateurs sont nés en 2008 du rapport de la commission Quinet (Quinet 2008), pour se rapprocher du budget des ménages.
Ils en restent loin, car ils sont calculés en comptabilité nationale, pas en comptabilité de caisse :
La commission Quinet avait demandé un indicateur de remboursement d’emprunts : il n’a jamais été publié.
Et les prix des dépenses contraintes sont mal mesurés : une inflation à bas bruit (loyers, normes, santé, assurances).
Lettre de mission de la commission Quinet (26 octobre 2007) : des « indicateurs complémentaires qui, sans céder sur la rigueur méthodologique, se rapprochent davantage de la réalité vécue par les Français », et une définition des « dépenses contraintes » (Quinet 2008, annexe B).
Les dépenses contraintes devaient expliquer ce que la mesure usuelle du pouvoir d’achat ne pouvait pas.
Mais ce sont les chiffres eux-mêmes qui sont sujets à caution : déflateur inférieur à l’indice des prix, effets qualité, loyers, taxe inflationniste (Geerolf 2024c).
En additionnant les ordres de grandeur, la hausse du pouvoir d’achat par unité de consommation passe de 0,7 % par an à −0,2 à 0,3 %, de 2000 à mi-2026 (Geerolf 2026a).
Les dépenses contraintes, calculées dans le même cadre, héritent de ces défauts.
Source : Insee, comptes nationaux annuels, base 2020 ; calculs de l’auteur.
Comptes nationaux (Insee) : dépenses de consommation seulement. Remboursements d’emprunts exclus ; loyers imputés inclus. Rapportées au revenu : « 30 % ».
Enquêtes Budget de famille (Drees, Onpes, France Stratégie) : prélèvements contractuels, remboursements d’emprunts immobiliers inclus (intérêts et capital). Rapportées à la dépense : « 41 % » des ménages pauvres en 2017 (Lelièvre et Rémila 2018; Cusset, Prada-Aranguren, et Trannoy 2021).
La fiche de la saisine mélange les deux :
Source : Cusset, Prada-Aranguren, et Trannoy (2021), enquêtes Budget de famille. Remboursements de prêts immobiliers : 8 % de la dépense de l’ensemble des ménages, 10 % pour les ménages aisés, leur premier poste pré-engagé.
Critère de l’Insee : un contrat difficilement renégociable. Mais bien des dépenses non choisies ne passent pas par un contrat.
Automobile pour le trajet domicile-travail : seule l’assurance est pré-engagée. Et la norme dicte la voiture qu’il faut avoir : contrôle technique, ZFE, hier le pot catalytique.
Numérique : l’abonnement est pré-engagé, pas l’ordinateur. Démarches dématérialisées, pages du Web toujours plus lourdes : il faut un appareil suffisamment puissant.
Santé : les restes à charge ne sont pas pré-engagés.
Ces dépenses sont invisibles deux fois : hors des dépenses contraintes, et comptées comme de la qualité dans les prix.
Le propriétaire occupant est traité comme un bailleur qui se loue son logement à lui-même : un loyer imputé, compté en revenu et en dépense.
227 milliards d’euros en 2025 : 12,1 points des 30,3 % de dépenses pré-engagées, soit les deux cinquièmes.
Il s’annule dans le revenu arbitrable, mais gonfle la part des dépenses pré-engagées, l’indicateur cité.
Hors loyers imputés et services financiers : 16 % du revenu disponible.
Leur prix suit l’indice des loyers de l’Insee, qui sous-estime la hausse des loyers (Geerolf 2026c).
| Année | Assurances | Services financiers | Pré-engagées (% RDB) | Hors services financiers (% RDB) |
|---|---|---|---|---|
| 2020 | 31,8 | 12,8 | 29,9 | 29,1 |
| 2021 | 33,1 | 12,9 | 29,8 | 29,0 |
| 2022 | 34,3 | 16,2 | 29,5 | 28,5 |
| 2023 | 36,4 | 47,0 | 30,2 | 27,6 |
| 2024 | 38,0 | 47,0 | 30,1 | 27,6 |
| 2025 | 40,9 | 41,6 | 30,3 | 28,1 |
Milliards d’euros. Lecture courante : les ménages « ont payé plus cher leurs assurances » (Centre d’observation de la société 2026). Or les assurances n’augmentent que de 2 milliards ; les services financiers passent de 16 à 47 milliards.
Ce sont les Sifim, un flux calculé à partir des écarts de taux, ajouté au revenu et à la consommation (Geerolf 2024b). Hors services financiers, la part baisse en 2023.
Mensualité d’un accédant = intérêts + capital.
Asymétrie : pour un locataire, le revenu arbitrable déduit tout le loyer ; pour un accédant, seulement les intérêts (le loyer imputé s’annule).
Pourtant la mensualité est prélevée chaque mois, en vertu d’un contrat qui ne se renégocie pas : c’est la définition même d’une dépense pré-engagée.
Reconstitution : remboursements = production de crédits − variation d’encours (ACPR depuis 2012, Banque de France avant).
30 milliards (3,4 %) en 2000, 164 milliards (10,0 %) en 2022, 145 milliards (7,7 %) en 2025. Encours : de 34 % à 76 % du revenu disponible.
Le rapport : « intégrer les remboursements d’emprunts immobiliers dans les dépenses pré-engagées » ; un calcul qui « requiert une collaboration étroite entre la Banque de France et l’Insee » (Quinet 2008).
Mis en œuvre : dépenses pré-engagées et revenu arbitrable. Jamais publié : le revenu libéré après emprunts.
L’objection de la commission : « cette épargne forcée n’est pas de même nature qu’une dépense contrainte ».
La réponse : c’est une épargne contrainte, qui ne peut être ni suspendue ni réduite. Le revenu arbitrable mesure ce dont le ménage dispose librement, pas son patrimoine.
| Poste | Md€ | % du RDB |
|---|---|---|
| Revenu disponible brut | 1 876,9 | 100,0 |
| − dépenses pré-engagées | 569,3 | 30,3 |
| = revenu arbitrable (Insee) | 1 307,6 | 69,7 |
| − remboursements de capital (crédits à l’habitat) | 144,8 | 7,7 |
| = revenu libéré après emprunts (Quinet) | 1 162,8 | 62,0 |
| − revenus d’investissements attribués aux assurés | 69,9 | 3,7 |
| = revenu arbitrable de caisse | 1 092,9 | 58,2 |
Revenu libéré : de 68,4 % du revenu disponible en 2000 à 60,5 % en 2022 ; revenu arbitrable de l’Insee : stable, autour de 70 %.
| 2000-2025 | 2008-2025 | 2019-2022 | 2022-2024 | |
|---|---|---|---|---|
| Revenu arbitrable (Insee) | +44,4 | +20,0 | +3,9 | +5,1 |
| Revenu libéré après emprunts | +34,9 | +12,3 | -0,0 | +10,7 |
| Revenu arbitrable de caisse | +38,3 | +15,2 | -0,1 | +10,0 |
Évolution en %, ensemble des ménages, déflateur : prix des dépenses non pré-engagées.
2000-2025 : +35 % au lieu de +44 %, soit près de 0,3 point par an ; 2008-2025 : +12 % au lieu de +20 %.
2022-2024 : rebond, mais lié surtout à l’effondrement des reventes et donc des remboursements anticipés. Il faudrait isoler les échéances contractuelles.
Comptes nationaux, dépenses pré-engagées hors services financiers :
Pourquoi ? Le logement, plus des trois quarts des dépenses pré-engagées, est mesuré par l’indice des loyers de l’Insee : loyers imputés +6 % de 2021 à 2025.
« À bas bruit » : une partie de la hausse du coût des dépenses contraintes n’apparaît pas dans les prix, et est comptée comme une hausse de volume, donc de pouvoir d’achat.
Dans un indice de prix, la qualité est du volume : un surcoût de qualité n’est pas de l’inflation. Vrai pour un indice de prix, pas pour le coût de la vie quand la qualité est imposée.
L’Insee n’évalue pas la qualité, il l’impute (bridged overlap) : tout l’écart que l’évolution des autres produits n’explique pas est attribué à la qualité. Méthodes explicites déclarées : 0 % dans toutes les divisions (Insee 2026a).
Ni série, ni évaluation, ni manuel depuis 1998. Seule mesure : 0,3 point par an retiré en 2003, hors renouvellement annuel de l’échantillon (Guédès 2004).
Comité du label, décembre 2025 : « mieux documenter le traitement des effets qualité et leurs impacts » (Comité du label de la statistique publique 2025; Geerolf 2026b).
Un surcoût imposé par une norme est traité comme de la qualité : hors de l’indice des prix, compté en volume, donc en pouvoir d’achat (Dees et al. 2023).
L’Insee, sur les véhicules électriques : un raisonnement qui « ne tient plus quand la bascule est imposée par la réglementation et ne résulte pas d’un choix » (Debauche, Pesme, et Blanchet 2024).
Le précédent du pot catalytique : l’Insee n’avait retenu comme qualité que la moitié du surcoût (Insee 1998). Rien n’indique un choix aussi explicite pour les normes actuelles (véhicules électriques, rénovation énergétique, contrôles techniques).
De manière générale, quand une norme s’impose, on ne sait pas comment l’institut statistique la prend en compte.
La saisine du CESE inclut ces dépenses « liées aux objectifs de lutte contre le changement climatique » : ce sont celles que les indices voient le moins.
Source : Insee (1998).
Assurances : dans l’IPCH, la hausse des primes est une hausse de prix. Habitation +31 %, transport +19 % de 2021 à 2025. Dans les comptes, le prix de l’assurance est construit, et évolue différemment.
Santé : l’IPC suit les prix avant remboursement. Déremboursements, franchises, participations forfaitaires : visibles seulement dans l’IPCH.
Médicaments : les hausses passent par de nouvelles présentations, dont tout l’écart de prix est compté comme de la qualité (Insee 1998) : des « hausses de prix masquées » (Lequiller 1997).
Téléphonie mobile : l’indice suppose que l’abonné prend en permanence l’offre la moins chère (Magnien 2003).
Depuis 1999 : IPCH +66 %, IPC +57 % (Geerolf 2024a). Or c’est l’IPC qui indexe le Smic, les pensions, les minima sociaux, et qui sert aux salaires « en euros constants ».
Que veut dire « pouvoir d’achat » quand il y a des « obligations d’achat » (Jany-Catrice 2019) ? Dépenses pré-engagées et revenu arbitrable : une réponse partielle.
Et symétriquement, quand il y a des impossibilités d’achat ?
Un indice de prix compare le coût d’un panier ; il ne dit pas s’il reste accessible. Un salaire qui permettait d’acheter un logement à Paris il y a vingt-cinq ans ne le permet plus, sans que le pouvoir d’achat mesuré ait baissé.
Le prix des logements n’entre pas dans l’indice des prix. Il entre, par les mensualités, dans les dépenses contraintes des accédants : raison de plus de compter les remboursements.
La commission Quinet : « Il serait pertinent de manière plus générale d’aller vers une véritable comptabilité de caisse des ménages (concept de revenu reçu dans le porte-monnaie). »
Le revenu disponible contient des flux qui ne passent jamais par le compte en banque :
À l’inverse, une comptabilité de caisse ferait apparaître l’apport personnel, l’investissement des ménages, les mensualités des crédits à la consommation.
Elle distinguerait locataires, accédants et propriétaires sans crédit.
Publier le revenu libéré après emprunts (Insee et Banque de France), chaque trimestre, comme le demandait la commission Quinet en 2008.
Distinguer les échéances contractuelles des remboursements anticipés : seules les premières sont contraintes.
Publier les dépenses pré-engagées hors flux imputés (loyers imputés, Sifim), pour que le bond de 2023 ne soit plus lu comme une hausse des frais payés.
Harmoniser les définitions : à chaque chiffre, préciser s’il inclut les remboursements d’emprunts, s’il porte sur le revenu ou la dépense, et sa source.
Mesurer l’inflation des dépenses contraintes : chiffrer le surcoût des normes imposées, publier l’effet des ajustements de qualité par poste, corriger l’indice des loyers, publier les « euros constants » avec l’IPCH.
Construire une comptabilité de caisse des ménages, par niveau de vie et par statut d’occupation.
Les dépenses pré-engagées et le revenu arbitrable sont nés d’une ambition juste : mesurer ce que vivent les ménages.
Mais ils comptent des loyers que personne ne paie et ignorent la mensualité de crédit, première dépense du mois pour des millions de ménages.
145 milliards d’euros en 2025, 7,7 % du revenu disponible, plus du double de 2000.
Et la hausse du coût des dépenses contraintes est en partie invisible dans les prix : loyers, normes, santé.
Aller au bout de la recommandation de 2008 : une comptabilité du revenu reçu dans le porte-monnaie.