Réponse au billet de blog « Pourquoi l’Insee calcule deux indices des prix à la consommation »
IFE-OFCE
octobre 2026
Salaires, niveaux de vie, point d’indice, pouvoir d’achat : publiés « en euros constants », c’est-à-dire ramenés à ce qu’un euro permet d’acheter.
Chez le pharmacien : la franchise passe de 0,50 à 1 euro par boîte en 2024. Le ménage paie plus cher la même boîte ; chacun de ses euros achète moins de médicaments.
L’IPCH (prix payé, net du remboursement) l’enregistre. L’IPC (prix avant remboursement) ne l’enregistre pas.
Or c’est l’IPC qui sert à calculer les salaires et niveaux de vie « en euros constants ».
Chaque mois, l’Insee publie l’IPC (national) et l’IPCH (harmonisé au niveau européen).
Depuis la fin de 1999 : +57 % pour l’IPC, +66 % pour l’IPCH, soit 0,2 point par an.
L’écart s’est creusé avec l’inflation : 0,7 point en 2022, 0,8 point en 2023 (moyennes annuelles) (Geerolf 2024).
15 octobre 2026 : billet du blog de l’Insee, « Pourquoi l’Insee calcule deux indices des prix à la consommation » (Daubaire et Houriez 2026).
Le directeur général : « Mais pourquoi donc l’Insee produit-il (et continuera de produire) tous les mois DEUX indices de prix à la consommation ? »
Une fin de non-recevoir aux demandes de publier les évolutions « en euros constants » avec l’IPCH (Geerolf 2024; Concialdi, Geerolf, et Jany-Catrice 2025).
Février 2022 : première version de « Inflation en France : IPC ou IPCH ? », présentée à l’OFCE, non retenue dans le Policy Brief n° 104 (OFCE 2022) ; note sur le logement (Geerolf 2022).
1er mars 2022 : premier billet de l’Insee sur l’écart IPC/IPCH (Daubaire 2022).
Mai 2022 : Marianne rapporte le problème des médicaments (Thépot 2022).
Octobre 2023 : Pierre Concialdi déflate les salaires par l’IPCH (Concialdi 2023).
Juillet 2024 : « Inflation en France : IPC ou IPCH ? » (Geerolf 2024).
Avril 2025 : tribune au Monde avec Pierre Concialdi et Florence Jany-Catrice ; des propositions au Cnis « pas suivies d’effet » (Concialdi, Geerolf, et Jany-Catrice 2025).
Le billet défend l’IPC sur le terrain de l’euro : il serait « plus proche du concept de « pouvoir d’achat » de la monnaie ». C’est l’inverse : ce que peut acheter l’euro d’un ménage dépend du prix qu’il paie.
Le manuel international que le billet invoque le contredit frontalement : les prix « doivent être nets des remboursements directs » (§ 11.294). L’IPC ne suit pas la recommandation ; l’IPCH, si.
Le billet : un déremboursement n’est pas une hausse de prix, mais une baisse de revenu.
Ce revenu n’est dans aucun indicateur phare. Salaires, niveaux de vie, revenu disponible brut (dont le pouvoir d’achat par UC est l’indicateur phare) : tous hors remboursements, déflatés par des prix bruts. Le revenu disponible ajusté n’est pas mis en avant.
Dans les comptes nationaux, la perte apparaît même comme une hausse du volume consommé.
Le choix des prix bruts n’est pas celui du législateur, mais celui de l’Insee, fait en 1971.
| Sujet | 1er mars 2022 (Daubaire 2022) | 15 octobre 2026 |
|---|---|---|
| Ce que mesure l’IPCH | « les dépenses restant à la charge des ménages » | « plus proche de l’évolution des dépenses directement supportées par les ménages » |
| Ampleur de l’écart | 0,15 point par an (1996-2021) | 0,2 point par an ; « s’accroît lors des épisodes de poussée inflationniste » |
| Neutralité du choix | rien | prix bruts ou nets : « n’est pas neutre » (indexation) |
| Pourquoi deux IPC ? | « Ce double thermomètre a ses raisons d’être » | « il est légitime qu’il puisse faire l’objet de discussions » |
| Remboursements | « De vastes questions qui dépassent très largement le cadre de cet article » | un déremboursement a « un effet à la hausse sur le volume (et non sur le prix) » |
Les points concédés sont ceux soulevés depuis 2022 : l’IPCH mesure mieux les revenus réels ; le choix n’est pas neutre ; la baisse de la prise en charge n’est enregistrée nulle part (Geerolf 2024; Concialdi 2023; Concialdi, Geerolf, et Jany-Catrice 2025).
Le billet n’en cite aucun : ses références se limitent à l’Insee et aux manuels internationaux.
Le billet : la prise en charge publique « s’apparentait à un complément de revenu », qui relève du revenu disponible ajusté.
Le manuel de l’IPCH, dans le même cadre : le remboursement « ne fait pas partie du revenu disponible du ménage », donc le prix retenu est le prix moins le remboursement (Eurostat 2018).
Ce que l’Insee déflate, selon le billet lui-même :
Aucun de ces revenus n’inclut les remboursements. La perte n’est enregistrée ni dans le prix, ni dans le revenu.
Le billet : la baisse de revenu, « si elle n’est pas compensée par une baisse équivalente de prélèvements obligatoires, se traduit bien in fine par une baisse de pouvoir d’achat, mais via un effet revenu ».
L’indicateur phare, selon le billet de juin 2025 cosigné par l’un des auteurs : « le pouvoir d’achat du revenu disponible des ménages par unité de consommation » (Hauseux et Houriez 2025).
Le même billet de 2025 : la prise en charge publique « n’est pas dans le déflateur » ; pour l’intégrer, « il faut utiliser une notion de revenu plus large […] : le revenu disponible ajusté ».
| Indicateur | Déremboursement compté ? |
|---|---|
| Salaires en euros constants (IPC) | non |
| Niveaux de vie (IPC) | non |
| Pouvoir d’achat du RDB par UC (déflateur) | non |
| Pouvoir d’achat du revenu disponible ajusté | oui — variante non publiée comme indicateur |
En 2024, l’IPCH augmente de 0,4 point de plus que l’IPC.
« essentiellement » en raison de « la hausse des franchises sur les médicaments et des participations forfaitaires de certaines consultations ».
Les ménages ont payé plus cher les mêmes soins.
L’IPCH l’enregistre. L’IPC non. Les salaires et niveaux de vie « en euros constants », déflatés par l’IPC, non plus.
Le billet : la consommation effective « est inchangée, mais le déremboursement a un effet à la hausse sur le volume (et non sur le prix) de la dépense de consommation du ménage ».
Autrement dit : un ménage qui paie plus cher la même boîte de médicaments consomme davantage, selon les comptes nationaux.
En juin 2025, le billet cosigné par l’un des auteurs le relevait déjà : la baisse de la prise en charge « n’est pas dans le déflateur » (Hauseux et Houriez 2025).
En octobre 2026, le même fait est présenté comme cohérent.
Le billet : l’IPC serait « plus proche du concept de « pouvoir d’achat » de la monnaie » ; l’IPCH, « plus proche du ressenti ».
Avec un euro, un ménage achète ce que permet le prix qu’il paie : le prix net.
La part remboursée est payée par l’assurance maladie, financée par des prélèvements sur ses revenus.
Quand les remboursements baissent sans que les prélèvements baissent, le salaire net achète moins de soins.
L’IPCH ne mesure pas un « ressenti » : il mesure le prix payé.
Le prix d’un médicament existant ne peut guère augmenter : les hausses passent par de nouvelles présentations ou de nouveaux produits.
Le mot « qualité » n’apparaît pas une seule fois dans le billet.
L’Insee, 1997 : on ne peut exclure des « hausses de prix masquées » (Lequiller 1997).
L’Insee, 1998 : « Ces augmentations ne sont pas retracées dans l’indice car l’on ne sait pas aujourd’hui mettre en correspondance le prix de ces nouveaux produits et le prix des anciens » (Insee 1998, 94).
Présentation remplacée par une présentation du même type (boîte de 10 → boîte de 8) : raccordement au prorata. « Ce cas est en fait très rare. »
Présentation remplacée par une présentation différente (gélules → ampoules) : « toute la différence de prix est considérée comme différence de qualité. L’impact sur l’indice de prix est alors nul. Ce cas est plus fréquent. »
Médicament nouveau : il n’entre dans l’indice que l’année suivante ; son prix de lancement n’est jamais comparé à rien.
Le remède : « des méthodes coûteuses et encore au stade expérimental ». Février 2026 : aucune méthode explicite d’ajustement de la qualité dans les métadonnées certifiées auprès d’Eurostat (Insee 2026a) ; modèles hédoniques abandonnés (Effet qualité, mars 2026, rév. octobre 2026).
Génériques : leur prix plus bas « devrait se traduire par une baisse de l’indice » ; l’indice « s’efforcera de prendre en compte les substitutions entre princeps et génériques » (Insee 1998).
Les baisses liées aux substitutions entrent dans l’indice ; les hausses liées aux substitutions n’y entrent pas.
Le billet, sans le relever : à concept identique (prix bruts), la santé augmente de 1,8 point par an de moins que l’ensemble des prix en France, 1,3 point en Italie.
Volume = valeur / prix. Un indice des médicaments trop bas, c’est un volume de médicaments surestimé.
Deux effets dans le même sens : le déremboursement (hausse du volume de la dépense des ménages) et la hausse masquée (hausse du volume consommé). Payer plus devient consommer plus.
L’« effet de pondération » du billet : un poids élevé appliqué à une série biaisée vers le bas.
Le revenu disponible ajusté, invoqué par le billet, est déflaté par le prix de la consommation effective, où la santé pèse le plus : c’est l’indicateur que le biais gonfle le plus.
Ni le billet d’octobre 2026, ni celui de juin 2025 n’en discutent.
Santé, janvier 2000 à décembre 2024 : −7,9 % selon l’IPC, +33,8 % selon l’IPCH (Concialdi, Geerolf, et Jany-Catrice 2025).
L’IPCH n’échappe pas au biais, mais la santé y pèse beaucoup moins.
Source : Insee ; figure mise à jour de Geerolf (2024), données jusqu’en 2026.
Le billet cite le manuel international (IMF 2020), sans en citer le contenu.
§ 11.294 : « Ces prix doivent être nets des remboursements directs. »
§ 11.296 : même pour des remboursements réservés à « un groupe socio-économique particulier ».
L’Insee, en 2020 : la méthodologie de l’IPC suit « un manuel méthodologique réalisé par l’ensemble de ces organisations » (Ourliac 2020).
L’IPC est l’indice que reprend l’OCDE comme indice national de la France (évolutions annuelles identiques à la décimale, 1997-2025) (OCDE 2026) : qu’il s’écarte des recommandations internationales pose problème.
Les IPC allemand et néerlandais s’écartent aussi de l’IPCH, mais dans le sens des recommandations : ils incluent le logement des propriétaires occupants, que le manuel ne recommande pas d’exclure (Geerolf 2022). L’IPC français s’en écarte deux fois : prix bruts de la santé, logement des propriétaires exclu.
En 2003, la vraie raison des prix bruts : « l’État reprendrait d’une main, par une moindre hausse du Smic, ce qu’il aurait donné de l’autre » (Barret, Bonotaux, et Magnien 2003).
Le billet : l’usage des indices « relève du législateur ; l’Insee n’a pas à se prononcer ».
Mais le contenu de l’IPC relève de la méthode, donc de l’Insee.
Avant 1971 : « Les indices précédents limitaient les services de santé au seul ticket modérateur (valeurs nettes, remboursements déduits). Les loyers s’entendaient nets des allocations-logement. Ces dépenses sont désormais brutes » (Insee 1981).
Le billet : les concepts « se stabilisent et se précisent au début des années 70 ». C’était un renversement.
Le changement de base de 2026 offrait l’occasion de revenir aux prix nets. Elle n’a pas été saisie.
L’effet de pondération est un effet de la santé : l’énergie et l’alimentation pèsent environ 10 % de moins dans l’IPC, dans la même proportion.
Jeux de hasard (environ 1 % de l’IPC, absents de l’IPCH) ; redevance audiovisuelle supprimée en 2022, comptée en baisse de prix dans l’IPC.
IPC hors tabac, utilisé par la Dares, déconseillé par le manuel (§ 2.22).
Les autres pays : l’Allemagne et les Pays-Bas gardent un indice national pour inclure le logement des propriétaires.
L’APL : une prestation en espèces, qui relève du revenu ; le remboursement, un transfert en nature (Eurostat 2018).
2023 : 0,4 point de fin d’année à fin d’année, mais 0,8 point en moyenne annuelle.
| Hausse cumulée des prix | 1996-2025 | 1999-2025 |
|---|---|---|
| Déflateur (pouvoir d’achat du RDB) | +51,0 % | +50,4 % |
| IPC (salaires, niveaux de vie) | +57,6 % | +53,9 % |
| IPCH | +66,1 % | +61,9 % |
Publier les évolutions en euros constants avec l’IPCH, au même rang que l’IPC. Salaire mensuel de base, 2014-2024 : +2,3 % avec l’IPC, −0,8 % avec l’IPCH (Concialdi, Geerolf, et Jany-Catrice 2025).
Mettre l’indicateur en cohérence avec l’argument : publier le pouvoir d’achat du revenu disponible ajusté, ou déflater les revenus par des prix nets.
Évaluer l’ajustement de qualité des médicaments, et le comparer à une méthode hédonique.
Chiffrer l’effet des déremboursements depuis la création de l’ONDAM.
Rouvrir la question de la méthode de l’IPC : revenir aux prix nets, ou expliquer pourquoi pas.
Le billet reconnaît que l’IPCH mesure mieux ce que paient les ménages, et que le choix n’est pas neutre.
Sa défense de l’IPC repose sur un revenu que l’Insee ne met pas en avant.
Chaque déremboursement est une perte que la statistique publique n’enregistre nulle part, et que les comptes nationaux comptent comme une hausse de la consommation.
Payer plus n’est pas consommer plus : chez le pharmacien, un euro vaut ce qu’il achète au prix que paie le ménage.