Réponse au billet de blog « Comment l’Insee mesure-t-il le juste prix ? »
IFE-OFCE
mars 2026
Chaque mois, « environ 5 à 10 % des produits suivis pour l’indice des prix évoluent » (Daubaire 2023).
À chaque remplacement : l’écart de prix est-il une hausse de prix (dans l’indice) ou une différence de qualité (hors de l’indice) ?
Ce partage n’est pas observé : il est le produit d’une méthode.
Ce qui sort de l’indice des prix au titre de la qualité entre dans la croissance du pouvoir d’achat.
2018 : lettre du directeur général à Philippe Herlin, et note de 14 pages (non publiée par l’Insee, mais adressée par le directeur général à des journalistes ; en ligne) : le principe de l’ajustement est défendu, aucune méthode n’est décrite (Tavernier 2018).
2020 : Emmanuel Todd, « La baisse du niveau de vie : oser dire non à l’Insee » (Todd 2020).
4 février 2020 : réponse sur le blog de l’Insee, centrée sur le logement. Sur l’effet qualité : « Elle fera l’objet d’une note prochainement sur ce blog » (Ourliac 2020).
15 décembre 2023 : « Shrinkflation, “effet qualité”, évolution de l’offre de produits : comment l’Insee mesure-t-il le juste prix ? » (Daubaire 2023).
Octobre 2024 : le billet du directeur général sur le ressenti y renvoie « à l’appui » (Tavernier 2024).
Clair, bien illustré : pourquoi ajuster, comment remplacer un produit disparu, quelles données.
Personne ne conteste qu’un ajustement soit nécessaire.
Mais la question posée n’était pas : l’Insee repère-t-il un paquet de gâteaux allégé de 20 grammes ?
Elle était : la méthode compte-t-elle comme qualité ce qui est en réalité une hausse de prix ?
Sur ce point : aucun cas d’échec, aucun chiffre.
Paquet de gâteaux de 250 à 230 g au même prix : +9 % dans l’indice.
Une contenance est « évidente et donc assez facile à intégrer », son affichage est obligatoire.
Ce n’est pas un problème de qualité, mais de quantité.
Exemples du billet : pommes, gâteaux, chocolat, fromage, café, yaourts. Tous alimentaires, et la correction relève l’indice.
Ajustement à la baisse : une phrase, sur « le perfectionnement des produits numériques ».
Or en 2003, l’ensemble des ajustements a réduit l’indice de 0,3 point (Guédès 2004).
Effet des ajustements de qualité sur l’indice, 2003. Source : Guédès (2004).
Part des relevés donnant lieu à un remplacement, 2024. Méthodes explicites : 0,0 % partout. Source : Insee (2026).
Le billet : « le fait qu’il soit bleu ou gris selon les collections n’a pas à être pris en compte ».
Le vrai problème : le cycle des collections. Prix de lancement, soldes, disparition, nouvel article au prix de lancement.
La baisse des soldes est enregistrée, la remontée ne l’est jamais.
Manuel européen (2024) : « the bridged overlap method will bias the index downward » ; « not suitable for clothing » (Eurostat 2024).
En France : effet qualité le plus fort en 2003, deuxième division pour le bridged overlap en 2024.
Le billet : l’indice « doit idéalement être un indice à “utilité” constante ». C’est la définition d’un indice du coût de la vie.
Mais l’Insee rappelle ailleurs que « la mesure du coût de la vie ne pouvait se réduire à celle de l’IPC » (Tavernier 2018).
Une norme imposée n’augmente pas l’utilité de celui qui ne l’aurait pas choisie : le raisonnement « ne tient plus quand la bascule est imposée par la réglementation » (Debauche, Pesme, et Blanchet 2024).
Pot catalytique : seule la moitié du surcoût comptée comme qualité (Insee 1998). Le billet ne dit rien des normes.
Le produit disparu est « imputé » sur l’évolution des produits semblables, puis prolongé par son remplaçant : « tout se passe donc comme si le produit disparu continuait à exister ».
Figure 3 : « un traitement statistique permet de ne pas sous-estimer l’inflation ».
Conclusion : « Le but est qu’aucune caractéristique qui importe au consommateur n’échappe à l’indice des prix ! »
Bibliographie du billet : Eurostat, « HICP recommendation on bridged overlap », juin 2021 (Eurostat 2021).
Quatre situations à éviter, dont trois biaisent l’indice à la baisse : dernier prix soldé, prix de lancement élevé, pont en baisse.
« For most products, the bias tends to be in the same direction (most commonly downward) month after month. »
Aucune de ces situations n’est mentionnée dans le billet.
Groupe d’Ottawa : « many of these methods can lead to a downwards bias when linking a new product to the replaced one » (Zafar et Himpens 2019).
Insee, 2020 : « si le nouveau produit est proposé à un prix plus élevé que la nouvelle qualité qu’il incorpore […], le modèle par recouvrement sous-estimera l’inflation » (Aeberhardt et al. 2020).
Ce qui figure dans les communications techniques ne figure pas dans le billet grand public.
Le bridged overlap n’évalue pas la qualité : il impute le prix manquant et attribue tout le reste de l’écart à la qualité.
Ni la 5G du smartphone, ni le tissu du costume ne sont valorisés.
Méthodes explicites en France : 0,0 % dans les douze divisions (Insee 2026).
Hédonique : le billet dit qu’elles « peuvent également être utilisées ». Février 2026 : « No hedonic method is used » (Insee 2026, 2025).
Retrait sans notice ni estimation d’impact. La Suède a fait l’inverse en 2022, pour les téléphones et les ordinateurs.
85 millions de prix par jour, environ un dixième du panier (Insee 2020a).
Le billet : « on peut considérer que l’écart entre ces deux prix est une mesure de l’effet qualité ».
C’est l’hypothèse même en question. Si le produit sortant était soldé : « some of the “return to normal” price increase is inappropriately treated as the value of the quality change » (Triplett 2006, 23).
L’Insee compare les prix deux mois avant la disparition (Insee 2020b). Bonne précaution, mais le billet écrit « simultanément », et n’en dit rien.
Nouveau code-barres à chaque changement de contenance : la réduflation « ne peut pas échapper au statisticien ».
Mais aussi pour « le caractère promotionnel d’une offre, la formulation et les fonctionnalités déclarées, les dimensions de l’emballage ».
Les relances : changements d’emballage « qui s’accompagnent d’un changement de codes-barres et en général d’une hausse de prix » ; non traitées, « une dérive de l’indice » (Insee 2018).
Ceux qui décrivent les produits sont aussi ceux qui en fixent les prix (Jany-Catrice 2019).
Fréquence des relances, échecs de rattachement, effet sur l’indice : non publiés. Le billet n’en dit pas un mot.
2019, double calcul : inflation « légèrement inférieure (- 0,1 point) » certains mois avec les données de caisse (Insee 2020a).
Sur un dixième du panier : environ un point sur les produits concernés.
Détail par poste non publié ; exercice non refait en 2022-2023.
Document de travail de 2017 : treize familles de produits ; écarts « problematic, even for food product » si la précision requise est plus élevée (Léonard et al. 2017).
Des chiffres sur les données : 4 600 variétés, 150 000 relevés, 500 000 prix moissonnés, 85 millions de codes-barres par jour.
Aucun sur l’effet des ajustements.
Seule évaluation : 2003, 0,3 point (Guédès 2004). Jamais refaite.
Comité du label, décembre 2025 : « mieux documenter le traitement des effets qualité et leurs impacts » (Comité du label de la statistique publique 2025).
États-Unis, 1995 : remplaçants 4,44 % plus chers, 4,19 points attribués à la qualité (Moulton et Moses 1997; Triplett 2006).
Le panier « est renouvelé chaque année ». Comment est-il raccordé ?
« Les deux échantillons ne sont donc pas comparés directement » (Guédès 2004) : tout l’écart va à la qualité, sans être mesuré.
C’est par là que les nouveaux modèles entrent, à leur prix de lancement.
L’évaluation de 2004 l’excluait. S’il pèse autant que les remplacements en cours d’année : 0,6 point par an.
Smartphones : prix de lancement, puis décote quand le successeur sort. Note de 2018 : baisse « de 12 % à 20 % » des anciens iPhone (Tavernier 2018). Eurostat a interrogé l’Insee sur l’électronique (Insee 2025).
Loyers : relocation après travaux comptée comme qualité (Geerolf 2026).
Santé : nouvelles présentations de médicaments (Insee 1998).
Autres pays : choix de méthode libre ; effets qualité « plus importante en France que dans d’autres pays européens » (Hauseux et Houriez 2025).
Part des remplacements par méthode, par poste et en série, données de caisse et renouvellement compris.
Effet total des ajustements : refaire 2004, renouvellement de décembre compris.
Relances : combien, comment traitées, quel effet.
Application de la recommandation de 2021 : analyse d’impact du bridged overlap.
Retrait de l’hédonique : pourquoi, avec quel effet.
On y souscrit volontiers.
Il faudrait aussi qu’aucune hausse de prix n’en sorte au nom de la qualité.